#LLCF #01 | Voir double

Je les ai trouvés très facilement, bien identifiés à la tranche et d’abord par la couleur, un vermillon un peu passé pour l’un, plus pâle encore pour l’autre. Le titre, l’auteur et trois lettrines entrelacées LTR pour l’éditeur que je n’identifie que sur la couverture : La Table Ronde et ne pas me souvenir m’être sentie chevalier. Ils étaient espacés l’un de l’autre de six livres, je les ai extraits et je les ai regardés, tous deux altérés par l’âge, l’un plus que l’autre dont la couverture est un peu déchirée le long du dos collé, des stries blanches, là où la couleur est partie, les aplats écrus mais grisés, salis du titre, Antigone, et du dessin stylisé qui symbolise « la petite maigre » et son oncle. La typo et la gravure sont imprimées dans une teinte marron. Au dos, sur aplat rouge, les mêmes mentions pour le dessin et l’atelier, même imprimeur, même isbn mais pas le même prix, 19,90 F pour le plus abîmé et sans doute le plus vieux et 21 F pour l’autre, avec des chiffres que je n’identifie pas : 85-I. À l’ouverture, les deux ont absolument la même teinte jaunie des vieux livres et la même odeur de renfermé, de vieilles armoires, une odeur de grenier. Le plus vieux est paradoxalement le plus annoté à l’intérieur avec la mention NON répétée plus d’une dizaine de fois, des numérotations, les mots solitude, tendresse, paranoïa, prise de pouvoir, tandis que le plus récent est griffonné au début et les pages cornées avec quelques annotations sur certaines mais surtout, au dos de la couverture, des mots doux signés, façon de dédicaces dont je déchiffre la signature, je reconnais le prénom de l’une, l’autre restant un mystère. Et un insolite BOU (sans h). En vis à vis, un numéro de téléphone à 7 chiffres et un prénom, écrits de ma main mais qui ne me rappellent personne. Sur cette même fausse couv, de la main de quelqu’un d’autre que moi, une étrange liste qui mêle entre autres : une bassine+linge, des biscotte (sans s), des cartes, du piment, un drap, du tabac, un calpin, une cravache, une sacoche, le tout assorti d’un gribouillis. A la fin, pour les deux livres il est précisé : Imprimerie Aubin (précision Offset uniquement sur l’un, 86000 Poitiers d’un côté, 86000 Ligugé de l’autre) – Imprimé en France. La date indiquée confirme que l’un est d’un an plus vieux que l’autre : février 1984 et février 1985. Je ne sais plus pourquoi j’en ai deux, si je l’avais égaré ou pas puisqu’étudié d’abord en 3ème, en classe de français, puis joué au lycée avec notre professeur de français et de latin en 2de, dans un nouvel établissement, avec de nouveaux copains. Dans cette pièce adorée de Jean Anouilh que nous interprétions, j’étais le choeur à moi toute seule. Double amphithéâtre pour double livre, celui réservé au professeur, un peu cabot, et celui en extérieur, dans un parc de la ville où nous répétions la pièce.

Pourquoi l’ai-je en double ? Impossible de me le rappeler.

A propos de Perle Vallens

Au cœur d’une Provence d’adoption, Perle Vallens écrit et photographie. Ecrire c’est explorer l’intime et le monde, porter sa voix pour toucher. Publie récits, nouvelles et poésie en revues littéraires et ouvrages collectifs. Lauréate du Prix de la Nouvelle Erotique 2021 (au diable vauvert) et autrice d'un livre de photographie sur l'enfance, Que jeunesse se passe (éd J.Flament), d'un recueil de prose poétique, ceux qui m'aiment (Tarmac), d'un recueil de nouvelles, Faims (Christophe Chomant) et d'un récit poétique et choral, peggy m. aux éditions la place. Touche à tout, pratique encore le caviardage, le cut up (image et/ou son), met en voix (sur soundcloud Perle Vallens ou podcasts poétiques), crée des vidéo-poèmes et montages photo-vidéo (chaîne youtube Perle Vallens)...

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