Qui parle ? Je, narratrice ou autrice quand les deux se mélangent dans un kaléidoscope de personnages : la glaneuse, la cuisinière, la photographe, la promeneuse, la lectrice mais aussi la fille, la mère, la femme, féministe en face d’autres femmes, révoltées. Et encore, l’attentive, la curieuse, la furtive, la dilettante, la poursuiveuse, l’étonnée, la tressaillante, la silencieuse, la chasseresse, la charmée, la joueuse, l’impatiente, la tenace. L’inquiète aussi. Je est plurielle dans les moments d’attention au fil des sentiers, des incursions dans les champs et les vergers, événements aléatoires, ce dé de la nature qu’on lance et qui ne retombe jamais sur la même face. Je baguenaude, erre, photographie. Comme Claudie Hunziger, « Je déborde la narration, dépasse les frontières, je chéris l’instabilité, l’imperfection, le passage, tous les âges, les loques, les lopins, les bonds, les sauts, les bizarreries. Les grimaces. La poésie. C’est quoi, la poésie ? Un pas de côté. »[i] Ce sont autant de regards posés, de fragments écrits, une profusion anarchique pour dire le chaos des herbes, leurs pousses désordonnées. Je raconte ces insignifiantes depuis leur baptême.
[i] Claudie Hunziger, Un chien à ma table, Grasset, 2022