Ce sont, tout d’abord, les yeux. Qui dansent. Qui s’imprègnent. Rapidement. Titre après titre. Quels mots ralentissent le regard ? Quelles images rapprochent le corps ? Quelle conviction intime au bras d’attraper ? Non, pas attraper, jamais attraper mais agrippé, volé, dévoré. Titres, auteur.es. Le corps ressent. Le coeur écoute. Les sens s’éveillent. La tête parfois. Est-ce le bon moment ? Ou bien, faut-il attendre, patienter ? Parfois, le tout se loge dans une partie du cerveau, plus tard. Parfois, le corps se colle au livre. Le doigt effleure la tranche. Le nez devine l’odeur. Les deux mains ouvrent les pages et tout est absorbé. Goulûment. Mots, phrases, esprit. Le livre est attrapé. Non, pas attrapé, saisi, happé, emporté, balloté dans le sac ou posé sur le siège voisin. Le corps à mi-chemin entre détente et impatience. Puis, déposé sur une table ou dans la bibliothèque. Ouvert ? Non, le livre n’est pas touché, ni abandonné, ni négligé, mais désiré, imaginé, inventé. Et, à un moment donné, un soir sous les draps, un matin dans le train, un après-midi pas sous la pluie, le livre sera dévoilé. La couverture caressée, la première page entrouverte, le corps bien calé, l’index mouillé, tournera les pages.