le livre comme fiction #02 | cartes aux graphies

Un livre perdu, ne reste que quelques images d’un exposé fait en cm2, avec les photocopies commandées pour rendre compte, à sa mère ? Finalement, il y a bien une utilité individuelle à ce système d’éducation : les repères. Pour elle qui n’avait que des images sans date, ce souvenir aurait pu se perdre dans la non-linéarité de du labyrinthe de son enfance si l’image n’incluait pas la salle de classe de l’école primaire dans laquelle elle n’a passé qu’une seule année. C’était donc forcément 1986/1987.

L’image ne contenait pas beaucoup plus d’informations, si ce n’est la lumière, reconnaissable dans ses jaunes, ou tout du moins excluant d’emblée les orangées de l’automne et les bleus glaçants de l’hiver. C’était donc quelque part au printemps/été 1986, dans une salle de classe de cm2 d’un village préfabriqué dans lequel les habitants aimaient à se faire croire qu’ils avaient réussi à s’élever socialement mais dont la proximité géographique avec leur ZUP d’origine ne laissait que peu d’épaisseur à leurs illusions.

Peut être était-ce d’ailleurs ce même été qu’un corps de femme fut découvert en pièce dans la fameuse lande de forêt qui faisait croire à une frontière entre les deux.

Après quelques recherches dans lesquelles elle a encore failli se perdre, c’était bien au début du printemps, mais pas dans Le bois des Dames, à peine à 8km de là :

Le nom Ogy lui parait si familier et pourtant elle a beau fouillé ce qu’il lui reste d’images, pas une avec un panneau explicitement citant. Elle restera donc encore un peu dans ce nuage qu’elle connait si bien.

Le 29 avril 1987. Elle commence à se dire que finalement, n’importe qui pourrait s’amuser à relier une image à un fait divers sordide, ce n’est pas ce qu’il manque. Mais elle a toujours eu la sensation que cette zone géographique là, dans un mouvement de temps aux bornes sûres mais encore à trouver pour elle, était, pour le moins, d’une particularité étonnante.

Elle a une vague sensation de la durée de l’exposé parce que pour une fois, ça s’était bien passé. Ce dont elle se souvient le plus en fait, c’est d’avoir l’exacte sensation que ce qu’elle était en train de produire comme exposé était d’une particularité étonnante.

C’est son beau-père, Ben, qui lui avait ramené le livre d’un de ses voyages. Et comme elle adorait son beau-père, elle avait dévoré le lire et avait tenu absolument à faire l’exposé dessus. Il y a des couleurs fluo qui parcourt l’image de ses souvenirs, surtout du jaune.

Le titre du livre : Yougoslavie.

A propos de Alexia

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