À l’école, je n’aimais pas la géographie. Le prof était bon, moi, je ne l’étais pas. Trop de leçons d’ex cathedra, pas assez d’images, trop de sécheresse. Mais j’aimais la lecture. Et en dehors de l’école, il y avait des livres de voyages, des récits, des cartes, des aventures…Et j’ai toujours aimé les cartes…
Plans de villes, quadrillés, souvent en rose, des rues, en long, en large, en travers, en parallèles ou en opposition. Des noms, de palais et de parcs, de rivières et de ponts, et des routes pour les quitter. Des agencements en lignes, carrés, rectangles, losanges, en spirales et en cercles. Des quartiers, des arrondissements, des limites et des liens. Des flèches bleues pour partir et revenir. Itinéraires à dessiner avec le doigt. Tableaux à afficher au mur…
Cartes de randonnée IGN à l’échelle 1 :25000, avec des courbes à niveaux pour présenter le relief, des lignes et des traits fins, épais ou en pointillé pour apprécier le dénivelé. Du vert, du blanc, du bleu pour le paysage, du rouge pour tracer les chemins et pour trouver les sentiers balisés. Des points d’eau et des ruisseaux. Et des noms de hameaux à chercher dans les creux des vallées ou sur la crête de montagne. De quoi ne pas se perdre en marchant, mais aussi de randonner en rêve penché sur la carte…
Et les mappemondes, livres lourds et volumineux qui portent dans leurs pages le monde, comme Atlas, le géant de la mythologie grecque, devait porter sur ses épaules la voûte céleste pour l’éternité. Une éternité toute relative pour nos atlas à nous qui clopinent avec peine derrière l’histoire. Des îles qui émergent, d’autres qui disparaissent, des fleuves qui changent leur cours, des océans qui s’étendent, des neiges éternelles qui fondent, des forêts géantes qui rapetissent, des villes qui envahissent ou qui s’éteignent. Et que dire des atlas historiques qui font la valse des limites d’états depuis des siècles. Les migrations, les invasions, les grandes et petites guerres entre voisins qui changent les données établies pour des générations et qui sont vite renversées quand les peuples se mettent en marche. J’ai retrouvé des atlas gardés dans la famille depuis un siècle, l’histoire a modifié des frontières, anéanti des royaumes, des empires, épuisé des républiques. Les dessins, contours et couleurs des cartes sont des témoins de l’évolution involontaire qui échappe au contrôle politique. Ici, les changements dans le temps sautent aux yeux de celui qui regarde, et il appréhende mieux et plus vite l’amplitude des chocs et le déroulement de l’histoire et du temps qui passe…
Livres d’images, livres de mots aussi. Noms, patronymes, appellations diverses. Selon le pays, selon la nationalité, selon la langue, les informations ne sont pas universelles, les noms n’ont pas la même musique ni le même accent. Des pays étrangers, même sur le papier. Reste le GPS universel sur le smartphone pour ceux qui savent le manier. Le mappemonde tout prêt à partir. Qui trouve le lieu en un clic. Qui livre les informations instantanément. Qui affiche les cartes des villes et des chemins, des fleuves et des océans. Qui présente les photos comme si on y était déjà. Un grand monde dans un tout petit carré…