
Certains achètent des chaussures, moi, ce sont les livres. J’ai toujours, même désargentée, acheté des livres. Je ne peux résister à en posséder, comme un instinct protecteur face au risque de perte. Je suis étonnée parfois du peu de livres chez certains. Suis-je complètement vorace ? Et l’écologie dans tout ça ? Lorsqu’il s’agit de livres, je n’arrive pas à faire taire l’avidité. Lire, mots, toujours, stock, et si jamais le feu. Pathologique ? Les livres m’ont permis d’éviter les pièges, ils m’ont appris la beauté de la langue et la force des idées, les deux conjugués.
Le souci, c’est que je n’arrive pas à me séparer d’un livre. Depuis que mes filles sont nées, j’ai multiplié la littérature. Pas une pièce sans sa bibliothèque, aussi petite soit-elle, à part la salle de bain, il ne faudrait pas quand meme pas qu’ils prennent l’eau. Même les mauvais, je ne sais pas les mettre au pilon. Je ne peux pas les jeter, sacrilège mais les donner pour certains j’aurais honte.
Alors j’ai une bibliothèque au garage, remplie de livres que je ne me résous pas à mettre au rebut. Je fonctionne beaucoup avec les besoins, le besoin de garder pour plus tard, pour si jamais, pour le manque. Mais ces livres n’entreront pas dans cette catégorie puisque je ne peux ni ne veux les lire, ni les conseiller, ni les donner. Alors quoi ? Suis-je responsable des choix éditoriaux parfois franchement douteux ? Faut voir certains livres jeunesse quand même, et dire qu’aucune maison ne veut de mes propositions d’albums sur les violences intrafamiliales. C’est sûr que c’est moins vendeur que Rosie joue à la poupée et Paul au camion de pompiers. Enfin, vendeur pour qui ? Telle est la question.
Vous vous demandez sûrement comment je me suis retrouvée en possession de ces livres. On me les a donnés ou offerts, évidemment, et je n’ai pas su dire non. Aussi, lorsque j’ai acheté ma maison, je suis devenue le réceptacle du débarras des maisons de mes parents. Et les livres, c’était évidemment pour moi. Sauf que certains, je m’en serais bien passée.
Seuls les Bellemard, ces collections dégoulinantes de faits divers, ont été vite jetés et enfouis au fond de la poubelle, bien au fond. Il ne faut pas exagérer. Rien que de les voir, j’ai senti la répulsion nauséeuse voyeuriste. Beurk. Pas question qu’ils soient même visibles au garage.
Alors pourquoi les autres, que je ne veux ni lire, ni garder, ni partager, végètent-ils dans mon garage ? Mystère et boule de papier.
De ce pas, je m’en vais donc les jeter. Ne m’attendez pas, j’ai un garage à vider.