#chroniques #00 | Prélude

1/

Comment vont les flamants ? Debout sur une patte ils dorment le cou replié ou trifouillent sous leurs ailes ou plongent leur bec dans les algues. Ceux qui vivent dans des réserves.

2/

23 juin 5h53, le souffle d’une montgolfière par-dessus le toit, le point lumineux de sa flamme.

Pépiements calmes, un corbeau déchire le ciel, jacasseries dans le chêne.

Démarrage au parking, un homme part pour la fenaison.

On pourrait entamer la conversation avec un rouge-gorge mais avec la pie, pas la peine d’essayer.

Inspection des thermomètres, ça baisse encore : deux dixièmes de degré.

L’œil attiré : c’est le premier rayon qui cogne au volet.

Robot à soupe, aspirateur, coupe-haie, sorties de voitures.

+ un dixième : on ferme tous les volets verts, à l’espagnolette.

Cacophonie de pies, plus fort que nous !

Dans la rue « oui le feu hier c’était Bd de la République », « il a des coupelles à moustique tigre, comment lui dire ? »

Joie de l’écran, un livre recyclé commandé, pour porter à une cheville cassée.

Pyrèthre dans le piano pour tuer les mites, eau dans le compost pour la survie des cétoines.

La haie prend (joyeusement ?) sa forme à la française.

Dans la rue on appelle un colley à poils longs : Freyja[1] !

Récupéré branches de haie tombées sur la pelouse en plastique du voisin.

Dans la rue on appelle un labrador marron : Wifi[2] !

Freya et Wifi s’étalent à l’ombre étroite d’un mûrier trop taillé par la mairie.

« La piscine est gratuite. » « Nous on va au plan d’eau » Entre à pied ou à essence : mais qui y pense ?

Spectacle et connivence à la déchèterie : une grosse voiture d’un rouge propre et parfait a peur de manœuvrer entre les camions.

Vu du plastique dans les déchets verts, laissé courir. Malheureusement.

« Une enquête inédite : les Français aiment-ils la panthéonisation ? »

Bulles et vapeur dans la petite cafetière italienne.

Embrayage des cigales donc silence des pies.

Torpeur.

3/

L’homme ailé, petit tableau discret, Bordeaux.

Cet homme ailé n’est pas un ange. Il n’est pas un homme non plus. Il erre dans un ciel vaporeux bleu ardoise avec à ses pieds un semblant de nuage rose. Il déploie ses mains comme tâtant l’espace, il est penché en avant et marche de profil, il cherche, il explore l’espace son nez pointu devant, son menton pointu devant, son visage gris, ses cheveux coupés au carré, son buste large éclairé d’un rayon. Il est perdu, on voit qu’il est perdu mais quand même en action. Donc il nous ressemble. On agit. Sans connaissance du but. Sans connaissance. Il est nu, ses ailes sont grandes et fermées. Il franchit l’espace à grands pas mais il ne sait pas où il va, ni pourquoi il y va. Quelque chose est à trouver dans l’opacité du brouillard. Il n’y a pas de forme identifiable, il avance en aveugle, sans connaître la mission. À moins qu’il ne l’ait perdue : la mission, le sens, le pourquoi.
Il a ce corps.  Un corps en pleine force en pleine santé, avec des ailes. Donc il n’est pas un esprit mais peut-être que si. Il ne sait pas se servir de ses ailes puisqu’il a choisi de marcher dans l’éther. Il n’a pas besoin d’ailes ou il ne sait pas s’en servir. Il m’évoque Sun Wukong qui transportait par les nuages les textes du Bouddha de l’Inde jusqu’en Chine. Mais le singe Sun Wukung était beau, joyeux, puissant. Alors que cet homme est laid. Il est l’envers de Sun Wukung. Il émerge d’une vapeur noire, ses pieds sont encore masqués par ce noir charbonneux. Il est seul, les autres ne le concernent pas. Il contient de la magie et de la force, une force qui n’est pas plaisante. Il pourrait se transformer. Il m’inquiète mais son errance je la comprends.

4/

Trouver de la besogne pour la souris
Sur le plateau il y a cette petite pile à gauche, les écrits qui attendent une suite et l’été, des notes en pochettes capables de lancer le dossier de l’ordi et la page blanche, car c’est bien de cela qu’il s’agit et qui pour l’instant ne vient pas : il faudrait ré-ouvrir les dossiers.
Une fois le premier dossier ouvert, la confiance reviendra (peut-être) par de la besogne.
Donc absolument trouver de la besogne pour la souris :
– changer le prénom d’un personnage
– lister des textes écrits en atelier en relation avec ce projet, commencer l’insertion
– reprendre le prologue bêtement donné à lire à quelqu’un qui s’est efforcé de dire quelque chose
– faire le travail écrit sur des bouts de papier, par exemple une recherche sur les syndromes
– relire des fragments pour élaguer : attention au bon mot, qui ne mérite pas le bout d’arbre dont est faite la page, dit Antoine Emaz dans Cambouis.

[1] Déesse de la mythologie nordique : amour luxure fertilité guerre mort.

[2] Nom masculin : abréviation de wireless fidelity, fidélité sans fil. Idéalement comme un mariage sans signature, mais nécessaire, au sens de « qui ne peut pas ne pas être » : un très gros fil à la patte.

A propos de Valèrie Mondamert

J'anime des ateliers d'écriture dans les Alpes de Haute-Provence depuis 20 ans, (DU d'animateur en atelier d'écriture en 2006, à Marseille), je suis prof de musique et je mêle avec joie les deux fonctions. J'ai publié des récits.

Un commentaire à propos de “#chroniques #00 | Prélude”

  1. Bonjour Valérie,

    tout d’abord vous saluer car on ne se connait pas je crois, mais aller au but et vite vous dire qu’avec votre prologue, je fais mon baptême de lecture ce soir ! Quel plaisir après les petits doutes, les derniers avant d’avoir valider Publier, de trouver chez vous la trace de ces questions, de ce qu’il faut laisser filer, pour le rythme, la cohérence, ce qui ouvre à y entendre « à suivre », alors oui, c’est sûr ! L’atelier d’été 2026 a démarré, et drôlement bien avec Freya et Wifi, les pies et l’étrange ange…

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