#chroniques #00 Prologue | Modiano

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Il nous dit quoi, le monde ? Qu’on est dans un sacré vrai pétrin et ce qu’il ne nous dit pas c’est comment en sortir…

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C’est parti ! enclencher le minuteur, il est 9h20 – Juste posée avec mon thé sur ma terrasse. La chatte Céleste passe et rentre dans la maison après s’être prélassée au fond du jardin – Le minuteur sonne ! Su tu arrêtais de scroller sur FB et t’y mettais sérieusement ? Parler de la table de travail ou du chantier en cours ? Telle est la question – En train d’écrire, ça y est, c’est décidé, ce sera sur l’état d’avancement dudit chantier – Mince ! un quart d’heure ça passe vite ! Pas fini ce petit carnet d’écriture – Il fait déjà presque 30 degrés alors qu’à l’intérieur il en fait 25. Pas d’hésitation, s’y retrancher et se préparer une nouvelle tasse de thé – Oups… à nouveau prise en flagrant délit de scroll ! Allez, on s’y remet. Le thé est prêt – Les pensées vagabondent sur des chemins de traverse. Sans cesse se recentrer – En train de dactylographier les (déjà 8) premiers quarts d’heure – Regarder des photos sur un site en vue de la publication d’un article – Pas fini mais s’interrompre – Pensées qui errent, avoir drôlement chaud alors qu’habituée à avoir froid – Difficile de garder le focus quand on a mille choses en tête. Même par temps froid – Réserver un hôtel pour deux jours à Paris en juillet – Se raccrocher à du concret. Brancher chargeur ordi avant que la batterie ne lâche – Enfin se mettre à ce qui est urgent – Manger en lisant – Se demander parfois si les leçons, on les a vraiment apprises – Debout à 6h00, l’énergie commence à baisser – Impression de fin de journée – Essayer de se rassembler pour quand même avancer – Juste noter qu’il fait 41 degrés au soleil – On dirait qu’un léger, très léger souffle d’air s’infiltre – Je trouve Autogéographie des ponts de François Bon dans la boîte aux lettres.

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Inutile même de m’en souvenir, de poser les yeux dessus, je le connais, on est comme deux vieilles connaissances lui et moi. Chut ! Il ne faut pas faire de bruit. C’est le matin ou l’après-midi, mais chut ! il ne faut pas faire de bruit, il dort. Chut ! Quand on va en visite chez les gens on se tait et puis à l’école aussi, mais là ça devient plus compliqué. Du silence qui sépare, qui met un gouffre entre les êtres, du silence comme violence.
Du silence qui nous est imposé donc, doigt sur la bouche, à celui que l’on s’impose, toute vérité n’est pas bonne à dire, etc. mais aussi celui dont on dispose. Du silence pour respirer, pour se retrouver, se connaître, se reconnaître, du silence dans la solitude. Du silence pour se protéger, pour faire tampon entre soi et le monde. Retenir les mots, les murer dans le silence. Ce silence qui nous est soufflé à l’oreille par ce doux effleurement des lèvres avec l’index, du silence du rêve et de la nuit, du silence comme une page blanche qu’il nous convient de vêtir avec somptuosité ou discrétion. Ne pas fuir le silence, ne pas en avoir peur, ne pas vouloir le remplir, le meubler. Le laisser à son vide, à sa page blanche, à sa fertilité.
Du silence dans le silence même.

(Du silence, Fernand Khnopff)

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 Tout a commencé avec l’atelier de l’été 2021 « Faire un livre » (la gestation commence à devenir longue). Thème de la première proposition : quelqu’un arrive quelque part. Et voilà une femme qui arrive dans une chambre d’hôtel style Formule 1 ou Ibis budget avec pour tout bagage un sac à dos, quelques vêtements, un livre, son ordi et son appareil photo. Rien de particulier, sauf que l’hôtel se trouve dans sa ville et plus précisément dans son quartier de travail. L’embryon de livre avait fini par s’appeler « Elle parce que cette ville ». Après nombre de réflexions et de détours, de suppressions, elle avait fini par le renommer « Avant que tu ne quittes le quartier » (prise par l’envie d’un titre modianesque, excusez du peu…). Il n’était donc plus question de ville mais de quartier. Il était entendu que le chantier devait être bouclé avant qu’elle quitte le quartier pour cause de retraite. Entre-temps, elle est à la retraite et le chantier n’est pas terminé. Le manuscrit est donc orphelin de titre à ce moment précis de son état d’avancement. Ouf, elle ne se mesurera donc pas à Modiano. Cette femme, donc, prend une chambre d’hôtel dans un quartier qui est son quartier de travail depuis plus de trente ans, mais aussi celui où elle est née et où elle a étudié. Persuadée que ce n’est pas juste un simple hasard, elle veut l’explorer au plus près pour tenter de trouver le fil rouge qui la relie à ces lieux depuis tant d’années. Le livre dans son sac, c’est Espèces d’espaces de Georges Perec, un deuxième livre s’y est ajouté : Lier les lieux, élargir l’espace de Anne Savelli, le N° 6 de la Collection Perec  53 de l’Œil ébloui sorti en 2024. A l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai donc pas encore de nouveau titre en tête, mais là n’est pas l’essentiel en ce moment, j’ai revu toute la temporalité du livre, j’ai pris certaines décisions quant à l’introduction d’un personnage, ou deux maximum et j’ai quasi terminé le remaniement du chapitre consacré à la notion de quartier. À suivre…                                        

A propos de Catherine K.

Mon nom complet est Catherine Koeckx (prononcer Kouks). Citadine depuis toujours mais avide de nature et de grands espaces que je partage par la photo ou l’aquarelle (www.catherinekoeckx.be), je suis aussi passionnée par la ville (@bruxelles_autrement). Bruxelles mais pas que... J’ai publié Le Guide lovecraftien de Providence en 2021 (disponible sur Amazon.fr ou sur commande privée). Je viens de lancer mon blog littéraire Itinéraires pluriels (https://itinerairespluriels.wordpress.com).

Un commentaire à propos de “#chroniques #00 Prologue | Modiano”

  1. Hello Cathy !
    J’arrive pour découvrir les premieres contributions et te voilà !
    Et tes six heures… tellement ça, et sincère de les laisser filer.
    Et elle à l’hôtel, dans la ville je la vois à peu près, mais dans l’hôtel, les hôtels, et la question qui me vient – l’as-tu fait ? Ohoh la curieuse ! et si le silence – cet incroyable peinture que je ne connais pas et que tu nous offres avec une telle profondeur – et la passante s’y rencontraient ? Bref, tu es ma deuxième lecture de cet été et déjà ton univers me transporte, merci, merci,
    Cat

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