La couleur de la couverture et les détails de l’illustration étaient des souvenirs nébuleux. Un titre vague, le mot Papa précédé ou suivi d’autres mots, adjectif, pronom personnel ? Durant des années j’étais persuadée que ce livre qui m’avait tant touché, que j’avais dévoré, qui m’avait laissé un sentiment de tendresse, comme une meilleure amie, à mon écoute, réconfortant, était ce livre retrouvé un jour de hasard sur le stand d’un bouquiniste, Monsieur Papa de Patrick Cauvin, parce que je l’ai reconnu à l’instant où j’ai vu la couverture bleu nuit et les lettres démesurées du mot Papa, alors j’ai avidement tourné ses pages, picoré les mots mais l’histoire s’était transformée, effacée, loin de l’ambiance et des personnages fantasmés. Je n’avais aucun souvenir de tout cela. S’agissait-il alors d’un autre livre, combinant des fragments de paysages, de dialogues, des pages qui n’auraient jamais existées ? Une histoire que je me serais inventée ? Mêlant oubli et craintes d’enfant ? Comme le jour où j’ai suivi des yeux la silhouette de mon père partant pour l’hôpital, un sentiment amplifié, irraisonné, loin de la réalité ? où j’ai pleuré.
[…] Sous la peau, il y a des lettres, myriades de symboles qu’elle cherche à déchiffrer. Ça vient par bribes, un bourdonnement lointain. […] Un fredonnement d’enfance. […] Dans les alcôves du temps elle ne sait plus ce qui est réel ou éternel. Elle perd la fulgurance des souvenirs.[…]