#Chroniques#O3 – Arles, ville où le verbe regarder se conjugue

Ecoute ce morceau de jazz, tandis que les images de Martine Barrat te percutent et t’émeuvent. Arles 2026

2 Ecoute et écrit

On va là où on était hier/ En hiver on est déjà venus, c’est dégarni/ I’m leaving tomorrow/ Rillette, viens ici !/ Allez dépéchez vous, je vais être en retard à mon rendez vous / « Est ce que tu vivais à cette époque ? oh ! non, je ne vivais pas, c’était il y a trop longtemps »/ Le hibou a des oreilles, le chouette n’en a pas/ j’aime beaucoup la série des tournesols/ Il redonne la place juste à l’individu !/ Ils sont arrivés plutôt que prévu/ J’ai pas forcémment envie d’un enfant, je penche pour l’adoption/ J’ai répondu à des textos jusqu’à six heures du matin/ Allo, Je suis vers le truc…

3 Déambulation, un dimanche

L’allure nonchalante, il revient dans cette ville du sud, chaque année depuis plus de 10 ans, sac sur le dos, il déambule dans les ruelles étroites qu’il connait par coeur. Il est venu avec femme et enfants, à la découverte des expos, celle de JR l’a particulièrement marquée, c’était en quelle année déjà ? il ne sait plus. Cette année plus d’enfants, ils sont grands, ce dimanche par un matin calme, tel un voyageur, il explore le Ghana, la provine de Luabala, il découvre New york, la Goutte d’or, il parcoure le monde en ne se déplaçant que de quelques mètres. Les images parfois le percutent, l’interrogent, elles rendent compte de ce monde qui change. Aujourd’hui, la chaleur est suffocante, il se réfugie dans un lieu insolite, un hôtel particulier rénové, dans lequel un peintre coréen expose ses tableaux, il découvrira un peu plus tard qu’il expose aussi à Avignon. Il va de pièce en pièce, regarde chaque tableau, lit les textes, s’arrête sur cette phrase  » il est défendu d’entrer ici sans fleurs à la main » et poursuit sa déambulation à travers les pièces qui s’enfilent de portes en portes.

Le dimanche c’est aussi l’occasion de faire une pause pour déjeuner, il aime autant faire la cuisine que manger. Avec elle, sa compagne de toujours, ils choisissent un lieu climatisé, la maison Volver, qui le ramène au film de Perdo Almodovar, là ce sera tapas, fritures d’Eperlans et Gaspacho, petit café après la note sucré du tiramisu framboise. Oui les dimanches, c’est aussi le bonheur de déjeuner au frais, de ne rien préparer, de ne pas faire la vaisselle. A la sortie la chaleur le prend à la gorge, aller vers le Rhone, un petit vent l’enveloppera, entrer dans un librairie, continuer le voyage au milieu des photos en noir et blanc d’Alain Keler, ressortir envahit par l’émotion, et se demander où il sera dimanche prochain.

4. Mardi 21 Juillet 2026 – 7h28, l’obligation du dehors m’appelle pour écrire un peu, profitez d’un moment de fraicheur qui ne va pas durer, écouter le chant des cigales. Proche un chat esseulé cherche de la compagnie.

Que d’expositions vue ces derniers jours, à l’abbaye de Montmajour, la première, Nathalie Broyer, le titre de son expo « Méditerranée, est-ce là que l’on habitait ? » résonnance avec mon amour pour la méditerranée.

A Arles, celles d’Alain Keler, d’Olivier Metzger, d’Amam Alam, de Martine Barrat, de Pentti Sammallahti, tous ces noms inconnus hier qui deviennent plus familiers aujourd’hui. Leurs photos en noir et blanc transcendent, en écho des textes qui racontent des histoires de vie, d’exil, de voyages, de reportage, de rencontres, d’amour et l’émotion qu’elles procurent

Hier matin, la découverte d’un peintre coréen dans un bâtiment exceptionnel dont le titre de l’exposition me donne un incipit pour la page du jour de mon carnet de voyage « par un matin calme », une phrase notée au vol, « le propre de l’œuvre d’art est d’ouvrir un instant nous faisant sentir la respiration de l’infini ».

Écrire ce matin dans mon journal qui s’est transformé depuis le début de l’été, qui se nourrit de manière plus riche ou moins pauvre comme le disait Charles Juliet, qui se nourrit de l’ensemble de ce que je vois, lis, entend…

Hier, quelques phrases attrapées au vol, « des phrases détachées de leur locuteur », exercice à la fois amusant mais qui forge une attention particulière à ce qui m’entoure.

L’urgence aussi d’écrire, il sera bientôt l’heure de repartir pour une dernière journée de visites, cette urgence m’apprend à intégrer des temps d’écriture avec le reste de ma vie ! 

5 Chaque jour est un jour magnifique

Est ce possible ? Possible d’y croire, un seul instant ? Instant fugace qui échappe dès qu’on l’a attrapé ?

Et si j’y croyais, la vie serait t’elle plus gaie ? qu’y a t’il sous mes semelles ? est ce la chaleur qui s’engouffre et fait gonfler mes pieds ? Est ce le bitume, le goudron ?

De quoi rêve mes pieds ? Marcher pieds nus dans le sable ? marcher pieds nus sous les limaces ? Marcher pieds nus dans le sable les pieds dans l’eau salé ?

Peuvent ils rêver ces pieds là ? Absurdité de la question ? Poésie de la tournure ? Délire qui s’installe en douceur ?

Qu’est ce qu’ils transportent sous leur semelle ? Le souvenir des marches accomplies ? La fatigue des jours accumulés ? Le plaisir de sauter dans les flaques ? Les pas dansés à deux ?

A propos de Caroline Burgy

Lire, écrire, faire écrire, trois mots, marqueurs de ma vie, animatrice d'ateliers d'écriture, ils ont jalonné ma vie depuis quelques années, des rencontres avec quelques passeurs m’ont donné l’occasion de soutenir cette place avec les autres. Marguerite Duras écrivait "l'écriture c'est l'inconnu. Avant d'écrire on ne sait pas ce qu'on va écrire..." sans doute suis je portée par cette part d'inconnu à découvrir au fil du temps...

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