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Écoute le monde qui vibre en toi plus que tu ne le crois
2| On s’est fait avoir
Il y avait une salle avec des costumes, on pouvait les mettre | On s’est fait avoir, on a eu des coups de soleil, on n’avait pas pris de crème solaire pour aller en Bretagne | C’était miel et sucre | C’était écrit, hein, mais j’ai voulu faire le malin | Si t’savais le nombre de chutes ! | Est-ce qu’on aura du beau temps pour le barbecue de mardi prochain ? | C’était rigolo de monter cette cuisine IKEA | En deux heures tous les cartons étaient montés dans l’appartement | Mais il a fallu deux jours pour monter la cuisine | Ces petits spéculoos sont délicieux, une fois qu’on commence, on ne s’arrête plus | C’est encore meilleur trempé dans le café | Tu veux aller sur mes genoux ? Non. Arrête de te plaindre alors | Tu veux te mettre ici ? Il y a une place | Tu veux que je vienne avec toi, papa ? Tu penses que je serai d’une utilité quelconque ? | Le terminus c’était là, madame. Oui, je l’ai loupé.
3 | Dimanches à Hollywood
C’est le dimanche qui m’a donné le goût des films classiques du Hollywood des années cinquante. On en passait beaucoup à la télé quand j’avais dix ans. Je connaissais Ray Milland, Grace Kelly, Dolores Del Rio. J’aimais Jody et la faon avec Gregory Peck et Jane Wyman, la première femme de Reagan. Ma mère son préféré, c’était Gregory Peck. Et tous les westerns que mon père adorait, l’incontournable John Wayne, mais aussi Gary Cooper et autres Dean Martin, Henry Fonda et Randolph Scott. Susan Hayward, qui avait obtenu l’oscar de la meilleure actrice pour Je veux vivre ! J’avais tellement aimé regarder ce film avec ma mère un soir que nous n’étions qu’à deux. La valse dans l’ombre avec Robert Taylor, nous l’avions aussi regardé ensemble, j’avais pleuré. J’aimais écouter mes parents parler de ces acteurs et de ces films qu’ils allaient voir au cinéma quand ils étaient jeunes. Ils avaient une dizaine d’années de plus que les parents de mes copines d’école et je trouvais que grâce à eux, je connaissais bien des choses qu’elles ne connaissaient pas. Je me souviens d’un dimanche de 1975, le 13 avril (après vérification) où on a annoncé le décès de Josephine Baker à la radio, on disait qu’elle s’était éteinte comme une bougie, je ne connaissais pas cette métaphore. Ma grand-mère, qui avait deux ans de moins que Joséphine aimait ses chansons, La petite Tonkinoise et J’ai deux amours. J’avais dix ans, je ne m’en rendais pas compte mais j’aimais le dimanche. C’était mon père qu’il dérangeait. Moi, cela viendrait plus tard. L’après-midi surtout, cet entre-deux . Le week-end pas tout à fait fini mais presque. Ma grand-mère venait à la maison le dimanche une semaine sur deux et mon père la ramenait chez elle sur son chemin pour aller travailler (il travaillait la nuit une semaine sur deux). Le dimanche comme une « nuit immense et méditative *», comme une nuit sans lune, un jour sans lumière m’attendrait encore quelques années.
* Clarice Lispector, Chroniques, des femmes – Antoinette Fouque, 2019, p. 277
4 | Un grain soyeux
Le bébé dort. M’approcher avec lenteur, de plus en plus près, sans faire le moindre bruit ni mouvement brusque pour ne pas le réveiller. Prise de vue en plongée, gros plan. Il fait froid dans l’appartement, un petit bonnet dissimule les cheveux drus. L’ovale parfait du visage abandonné à un sommeil paisible. Une peau douce, à peine rosée, un grain soyeux, pas le moindre plissement ou la moindre contraction, aucune marque d’inconfort. Un instant de grâce.
5 | Fardeau ou bagage ?
NICHI NICHI KORE KO NICHI
CHAQUE JOUR EST UN JOUR MAGNIFIQUE
Qu’est-ce que je transporte sous mes semelles ?
Dois-je vraiment savoir ce que je transporte sous mes semelles ?
Savoir ce que je transporte sous mes semelles m’aiderait-il à m’alléger de ce fardeau ?
Ce que je transporte sous mes semelles, est-ce vraiment un fardeau ?
Ne faudrait-il pas remplacer « fardeau » par « bagage » ?
Ne dois-je pas d’abord faire mien le contenu de ce bagage ?
Ou bien certains éléments de ce contenu ne m’appartiennent-ils pas ?
Ensuite faire l’inventaire de contenu ?
Une fois l’inventaire réalisé, ne serait-il pas sage de considérer ce dont je n’ai plus besoin, ce qui ne me sert plus ou ne m’appartient pas et de les ôter du bagage afin de l’alléger ?
Et répéter ce processus jusqu’à ce que le bagage désormais vide puisse être mis de côté ?
Merci Catherine K., j’ai apprécié les souvenirs des films regardés avec la famille. Un moment de grand spectacle, mais aussi de communication, de transmissions qui comme une toile donne un point de départ à d’autres moments de vie. « Dimanches à Hollywood »