1 Force est de constater que le monde aime ériger des statues pour élever ses semblables
2 Manger debout, assise, accroupie, à genoux, pas couchée | Manger en face de toi | Se laisser manger la laine sur le dos | Manger, s’hydrater, éliminer, dormir, respirer, réfléchir | Manger deux fois plus en hiver pour se donner des forces ou se changer les idées | Manger, être mangée | Manger des croûtons cela fait pousser les seins | Manger tous les jours à la même heure | Manger quand on a faim, pas quand on s’ennuie | Manger lentement pour mieux digérer | Manger sans parler, parler sans manger | Manger avec les doigts sauf la soupe | Manger du bout des lèvres | Manger à pleine bouche | Manger sa pitance, son pain, sa honte | Manger dans la rue, en marchant, en regardant le ciel | Manger quelque chose de rond pour avoir de la chance | Manger une pomme à minuit pour faire un vœu | Manger les restes avant qu’ils ne deviennent des souvenirs | Manger ce qu’on aime, même si ça ne se mange pas | Manger jusqu’à la dernière miette | Manger sans laisser de traces | Manger seule pour ne pas avoir à partager | Manger et laisser des miettes partout | Manger demain ce qu’on n’a pas mangé aujourd’hui | Manger sa peur pour qu’elle disparaisse | Manger le temps | Manger l’attente | Manger la lumière | Manger le silence | Manger !
3 Peut-on demander de l’aide ? Doit-on demander de l’aide ? À qui ? À la famille ? Aux ami·es ? À quelle fréquence ? Pour un oui, pour un non ? Exceptionnellement ? Régulièrement? Et dans quel domaine : professionnel, personnel ? Toutes ces questions, je me les pose souvent, sans jamais savoir vraiment quoi y répondre. Parfois, pourtant, le simple fait de me les poser, d’y réfléchir, me fait du bien. Je m’aperçois alors que, sans même m’en rendre compte, je me suis déjà secourue moi-même et que je n’ai plus besoin de solliciter personne. Ou bien c’est d’une lecture que me vient l’aide. Ainsi, l’autre jour, au détour d’un recueil d’Andrée Chedid, j’ai compris ce qu’il me restait à faire :
Parcourir l’Arbre
Se lier aux jardins
Se mêler aux forêts
Plonger au fond des terres
Pour renaître de l’argile
Peu à peu
S’affranchir des sols et des racines
Gravir lentement le fût
Envahir la charpente
Se greffer aux branchages
Puis dans un éclat de feuilles
Embrasser l’espace
Résister aux orages
Déchiffrer les soleils
Affronter jour et nuit.
Alors, cela m’a suffi. Suffi pour m’encourager à fuir loin du malaise, à partir ailleurs, à m’échapper quelques jours pour apaiser mes angoisses paralysantes. J’avais besoin de me ressourcer, de reprendre souffle, de retrouver un peu d’espace en moi. Sortir de mon être « statue ». J’ai osé demander à ma cousine de me prêter sa maison, en forêt de Compiègne. Une semaine. Juste une semaine pour changer d’air, me changer les idées, m’aider à oublier — ou du moins à déplacer ce qui m’encombrait — et, peut-être, commencer à bâtir autre chose. Demander de l’aide, finalement, ce n’était peut-être pas renoncer à me débrouiller seule. C’était accepter, pour une fois, de ne pas avoir à tout faire seule..
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5 Pierre
Le socle en pierre
la statue sur le socle en pierre
Un nu en statue sur le socle en pierre
Une femme nue, en statue sur le socle en pierre
Elle se recoiffe, la femme nue en statue sur le socle en pierre
Eté comme hiver, elle se recoiffe la femme nue en statue sur le socle en pierre
Au milieu du jardin, été comme hiver, elle se recoiffe la femme nue en statue sur le socle en pierre
Depuis trois siècles, au milieu du jardin, été comme hiver, elle se recoiffe la femme nue en statue sur le socle en pierre
Jour et nuit, depuis trois siècles, au milieu du jardin, été comme hiver, elle se recoiffe la femme nue en statue sur le socle en pierre
Immortelle et patiente, jour et nuit, depuis trois siècles, au milieu du jardin, été comme hiver, elle se recoiffe la femme nue en statue sur le socle en pierre
Sous le regard de mes aïeux, immortelle et patiente, jour et nuit, depuis trois siècles, au milieu du jardin, été comme hiver, elle se recoiffe la femme nue en statue sur le socle en pierre.
Pour longtemps encore, sous le regard de ma descendance et des mes aïeux, immortelle et patiente, jour et nuit, depuis trois siècles, et pour les siècles à venir, au milieu du jardin, été comme hiver, elle se recoiffera, la femme nue en statue sur le socle en pierre.