au linotypiste
Après l’élection de François Mitterrand le PCF ne liquidait pas seulement ses opposants internes : à Nice,le parti liquidait aussi la vieille imprimerie de son journal hebdomadaire. La fin du plomb, l’ère de l’offset. Trois linotypes étaient promises à la casse, vendues au prix du kilo de métal et les matrices de lettres en cuivre ne pesaient pas grand chose. Michel Butor que le ministre de la Culture avait nommé à la direction du Centre national d’art contemporain – Villa Arson, envisageait de grands projets sur les écritures dans la peinture. Mon idée que le PCF offre l’une des linos à la Villa Arson et qu’elle puisse trôner en son centre comme une sculpture d’Arman avait séduit le peintre Henri Maccheroni, cofondateur du CNAC avec Butor. Nous y travaillâmes persuadés qu’une machine qui transforme le plomb en mots devait impérativement trouver sa place au cœur d’un lieu interrogeant la peinture elle-même comme fondement d’une écriture esthétique. Notre échec fut total : personne ne voulait assumer les frais de transport de la lourde linotype. Et en 1985,face au refus du ministère de la Culture de doter le CNAC des moyens et du statut juridique et administratif nécessaires à son développement, Michel Butor claqua publiquement avec fracas les portes de la villa Arson.
le plus grand compliment
À la fin de longues journées de négociations sur les 35 heures, le directeur des relations humaines du groupe audiovisuel public reçut la délégation de notre syndicat de journalistes. Le DRH était un homme brillant, subtil,agrégé de philosophie,retors, terriblement efficace. Vous êtes des intellectuels avec des méthodes de dockers dit-il ce jour-là.
dormir
Pour ne pas supporter l’attente et l’ennui, dormir le jour, dormir la nuit est une manière efficace de tuer l’étant.
souvenir d’une fontaine
Un mur de pierres qui se reflète dans l’eau comme les fontaines du labyrinthe de Miro
voyages en mer
L’étroitesse du voilier, l’absence de terres à l’horizon, la nécessité d’obéir promptement aux ordres de manœuvres, le calme ou la folie de la mer elle même, tout concours à bord à comprendre que les silences des équipiers est la marque de leur cohésion, le signe qu’ils ne sont qu’un ensemble, la mesure qu’ils peuvent être sans le théâtre des paroles.
notre barbarie
Contemporaine, sa létalité grandit aux rythmes de nos avancées scientifiques, technologiques, industrielles; mais elle n’est pas nouvelle. Elle est ancienne, vieille comme notre humanité, inscrite, omniprésente dans l’histoire de nos vouloirs d’empires génocidaires.
T’ai lu
Entends tout cela si bien
Transformer du plomb en mots… et la porte qui claque … et ce DRH
Ce silence des coéquipiers du voilier
Cette vieille barbarie à nos portes
Thanks
beaucoup aimé ce « transformer le plomb en mots », malgré le devenir lamentable de toutes ces machines que plus personne ne sait aujourd’hui ni fabriquer, ni faire fonctionner, ni entretenir et encore moins réparer; il en va de même des métiers à tricoter de la bonneterie, aucune collectivité ne veut prendre en charge même la location d’un lieu où les abriter.
« Vous êtes des intellectuels avec des méthodes de dockers »: à prendre comme un vrai compliment ; c’est mon côté ouvriériste qui ressurgit, sans aucun doute 😉