Un instant fugace
Capter l’instant fugace, celui qui ne reviendra pas. Un jour il a traversé mon jardin comme une flèche, fauve, flamboyant, farouche, trois ou quatre secondes tout au plus. Un éclair. Je ne l’ai jamais revu. Ni lui ni ses congénères. Ils ont tous été décimés par la gale nous a-t-on dit.

Goûts archaïques
Pourquoi pas des goûts archaïques quand on écrit ? Manier le désuet et le suranné ?
Une femme poète
Un auteur, une autrice, un écrivain, une écrivaine et pourquoi si rarement un poète, une poétesse ? N’ayant jamais eu bonne presse, les mots en «-esse » ont été transformés en mots épicènes et on peut savoir gré aux grammairiens du XVIIe siècle de les avoir retirés de l’usage et de nous avoir évité à la fois ridicule de «peintresse » ou « philosophesse », pour ne citer que ceux-là, d’autant que dans ce dernier on n’entend que le mot « fesse », et le ravalement au second rang, du moins en façade, de ces arts dont la noblesse était réservée aux hommes. À la faveur de la féminisation récente des noms, le mot « poétesse » fait une lente réapparition mais toujours lesté de ses anciennes réticences et celles qui l’utilisent le font, je n’en doute pas, pour la beauté du mot.
Ton secret
Ton secret, quel est-il ? Un secret n’est pas fait pour être dit, me rétorqueras-tu. Non, tu as raison mais il existe pour qu’on ait envie de le percer. À l’oral, parler pour ne rien dire sera une perte de temps. Autant dire c’est mon secret et je tiens à le garder. Mais à l’écrit, c’est différent, on peut éluder bien des sujets sans avoir l’air d’y toucher. Alors lire entre les lignes est un art sans doute aussi vieux que l’écriture elle-même, celle qui se plaît à revêtir de silences ses mots les plus choisis.
« Inquiétude d’un fœtus »
Un fœtus peut-il s’inquiéter lorsqu’il entend une femme sans enfant dire à sa mère : à ta place je l’aurais fait partir ?
La dame surannée
À mes yeux d’aujourd’hui, elle paraissait jeune. J’avais environ quinze ans mais elle ne me semblait pas si âgée que j’aurais pu le croire. Elle n’avait pas de rides. Elle portait un chignon, un imperméable classique et des chaussures qui l’étaient tout autant. Elle avait trente-cinq ans peut-être, guère plus. Je la voyais de temps à autre dans mon quartier. Je ne savais ni qui elle était ni où elle habitait. Je la revois comme arrêtée devant moi, pourtant je n’ai pas le souvenir d’avoir parlé avec elle ou peut-être est-ce le temps qui s’est arrêté à sa place. Une dame plus âgée du quartier, en la voyant, m’avait un jour dit avec un clin d’œil malicieux « elle est de l’ancienne école ».
« Je ne sais pas »
Je ne sais pas, je ne sais pas ce qui m’attend au détour du chemin, sur l’autre versant de la colline, dans cette ville, ce pays que je ne connais pas, je ne sais pas ce qui m’attend demain ou après-demain, je ne sais pas ce qui m’attend dans cinq minutes ni tout à l’heure.

Souvenir d’un printemps suisse
Je suis allée plusieurs fois en Suisse mais une seule fois au printemps. Je n’avais pas tout à fait dix ans. La seule et unique fois de ma vie où j’ai skié.
Les sales gosses
Qui n’a pas au moins une fois dans sa vie traité des enfants de sales gosses ? J’ai dû le faire moi aussi alors que je n’aime pas ce mot, je le trouve dénigrant voire insultant, mais c’est précisément là que ça se joue. On ne va tout de même pas dire : Les enfants du voisin, quels sales petits dieux…
Pour conclure…
« Tout ce qui brille n’est pas d’or »
Et comme on le sait, le silence ne brille pas.

Merci Catherine pour ces instants fugaces, pour l’archaïque, le suranné et le désuet. J’aime aussi les évocations de l’ « ancienne école », l’obsolète, celles et ceux qui disent « je ne sais pas ».
A hier ou demain
Sur la plage ou tu sais
Chut
C’est le secret des poétesses qui écrivent entre les lignes