#arts de la fiction #03 | gros plan, ralenti et travelling arrière

Gros plan sur les pieds. La course, rapide, foulées amples, espacées. On pourrait passer au ralenti, peut-être, ou même carrément ultra-lent pour décomposer le mouvement, mais que ça reste fluide, non saccadé, que le corps reste lisible, un slow motion avec un son très doux doux, qui épouse, qui absorbe, ouaté, comme le bruissement de l’air qui flotte autour. Surtout pas de musique en fond, juste un sound effect ou un saoud design qui sculpte la douceur.

Le pied écrase et chaque point d’appui reflue un souffle de poussière, un nuage blanchâtre qui donne l’impression d’un effet artificiel, une fumée qui floute le mouvement. Hors champ, la respiration est régulière, soutenue, mais l’oreille ne décèle aucun effort. Tout a l’air tellement facile à l’oreille. La caméra remonte sur le talon d’Achille, tellement saillant que l’œil s’inquiète de le voir se déchirer. La crainte du tendon rompu ouvre une brèche dans le ventre de la spectatrice. Plus qu’attentive : aux aguets. On pourrait imaginer qu’à la respiration calme de la coureuse se superpose celle, hachée,  arythmique, piquée d’apnées, de celle qui regarde. On ne voit ni ses mains crispées ni ses sourcils battant sous le front plissé. On entend juste une double respiration qui crée un trouble.

La caméra progresse le long de la jambe. Personne ne sait si l’œil suit la même trajectoire, s’il s’arrête aussi sur le galbe musculeux du mollet, le seul endroit où l’on peut affirmer que la coureuse est une sportive, ce que le reste de l’anatomie ne permet pas. Les cuisses sont longues et minces, comme les bras ; les hanches étroites, androgynes. La caméra s’attarde sur cette partie du jarret, les muscles jumeaux mobiles sous la peau. Ils se contractent alternativement et l’effet est hypnotique.

On pourrait alors imaginer un effet de rembobinage et à mesure, un travelling arrière avec un plan sur la silhouette, on la verrait alors longue et lente, le regard perdu au loin, sa concentration d’avant la course et l’on se demanderait ce qui fait d’une athlète en devenir une grande coureuse.

A propos de Perle Vallens

Au cœur d’une Provence d’adoption, Perle Vallens écrit et photographie. Ecrire c’est explorer l’intime et le monde, porter sa voix pour toucher. Publie récits, nouvelles et poésie en revues littéraires, ouvrages collectifs et personnels (lauréate du Prix de la Nouvelle Erotique 2021, toucher à la hache au au diable vauvert). Derniers livres : peggy m. aux éditions la place et Solo aux éditions Tarmac. Touche à tout, pratique encore le caviardage, le cut up (image et/ou son), met en voix (sur soundcloud Perle Vallens ou podcasts poétiques), crée des vidéo-poèmes et montages photo-vidéo (chaîne youtube Perle Vallens). Master de création littéraire écopoétique en 2026 avec le texte de création Les Insignifiantes, également le nom d'une exposition plastique et photographique qui circule depuis fin 2024.

Laisser un commentaire