Elle dit, c’était l’époque, c’est tout. Ils cherchent des héros, du souffle, de la résistance, des levées en masse, des idées pour des noms de rue, de place, quelques lignes sur une plaque ? Les héros, c’est pour les paresseux, les amnésiques et les tristes. Elle dit, j’aime les histoires où poussent les plantes où errent les chats. Ce que le lierre aurait, vous savez… ce que le lierre aurait à raconter !
Elle dit, j’aime les sensations disparues, le halètement et l’attente, les forêts obscures, les orées suspectes et le salpêtre sur les murs. Je ne m’en souviens plus tellement, des forêts et des rues.
La rue principale de Leipzig, le parc plus haut, le Südvorstadt, les grandes bâtisses, la ville qui s’étend, la symétrie tranquille des jardins partagés, kleingärten, le monument massif de la bataille des peuples, les lacs et la silhouette d’une centrale à charbon, les canaux et les allées, et puis le train jusqu’à Prague, passe par Riesa, passe par Usti nad Labem, passe par Plzen, l’Elbe jaune, les hauteurs de Prague, le château, les voix dans les cinémas, les voix dans le tram, une petite place et des statues, le cimetière juif et le monument en mémoire de Jan Palas, une immense demeure bourgeoise reconvertie en H&M, les lustres et le lustre, les librairies.
Elle dit j’aime le mot arpenter, la sensation de flexion, la résistance du genou, la cuisse qui tire. Elle dit j’aime les héros piteux, fumeux, les corps qui se désagrègent. Lâcheté, ironie, scatologie, le cocktail bizarre de la littérature tchèque, le brave lieutenant, oui les héros lamentables, l’ironie, l’extrémisme et les gâteaux au miel. La petite église, la crypte et les fugitifs enfumés après l’assassinat d’Heydrich : je ne me souviens plus tellement de Prague vous savez. Les lieux ne disent rien, les lieux n’ont pas de mémoire.
Elle dit je n’ai pas le temps, je n’ai pas le goût des solennités.
Les hérons, en revanche, j’aime les hérons.
Elle dit, vous reprenez un peu de porto ?
Alors elle, j’ai l’impression – très joyeuse- de la connaître
Je lis dans le désordre.. Elle reviendra ?
elle a beaucoup de charme en effet commettre écriture que je découvre avec grand plaisir
Je viens de lire une nouvelle de Louise Erdrich (après un grand cycle Alice Munro, je reste sur ma faim), il y avait deux frères. Les frères Hérons.
Les illustres descendants des seigneurs Patapons, il faudra que j’aille regarder ça
oui 😉 et avec plaisir et laissé plein de coquilles dans mes commentaires!
Le peu de souvenirs est parfois très riche quand même…
Merci Marion !
J’ai beaucoup aimé ce que le lierre, vous savez… ce que le lierre m’a raconté, là bas à Prague