A propos de Émilie Marot

J'enseigne le français en lycée où j'essaie envers et contre tout de trouver du sens à mon métier. Heureusement, la littérature est là, indéfectible et plus que jamais nécessaire. J'anime des ateliers d'écriture au lycée et maintenant un peu ailleurs. C'est l'horizon mais beaucoup de chemin encore !

#40jours #25 | au matin, un goût de cendre

Sur une large dalle de béton surélevée par rapport à la rue, des amas ici et là de tôles tordues recouvertes d’une fine couche de poussière grise parfois rougie de rouille. Large cadre d’une porte en béton léché de trainées noires. Posé le long, à droite, un miroir, posé là reflétant le ciel bleu pâle, blanc ça et là de Continuer la lecture#40jours #25 | au matin, un goût de cendre

#40jours #24 | tracer la disparition

Le gouffre était donc tel… On a retrouvé sa voiture sur un parking près du Camping Belle-Rivière. Cet après-midi de décembre dans le froid et le gris de l’âme, tu as posé ton téléphone sur la table du salon. On a pu retracer son trajet grâce aux caméras de surveillance installées sur la voie publique. Tu n’en avais plus besoin. Continuer la lecture#40jours #24 | tracer la disparition

#40jours #23 | dans sa chair sang os

Rejoindre la mer comme une urgence. Qui la saisit là au cœur de la friche. Urgence viscérale. Porosité de l’espace. Traversée du figuier maudit de part en part écorce fibres du bois dans sa propre chair sang os. Douceur de la sente d’herbes folles sous le pied coupant de la tôle dans la chair goût de rouille dans la bouche. Continuer la lecture#40jours #23 | dans sa chair sang os

#40jours #22 | extérieurs jour et nuit sur le parvis

04 JUILLET 2022 12H00 soleil cuit de midi plein jour écrasant pavé bitume  – passants rasant façades à la recherche d’ombre rare  – au coude à coude habitacles des voitures fermées bulles de climatisation  – c’est la pause méridienne – au zénith saint-paul et saint pierre ont perdu leur fraicheur de pierre 07 JUIN 2022 15H05 litanie des cloches dans Continuer la lecture#40jours #22 | extérieurs jour et nuit sur le parvis

#40jours #21 | protocole pour îlot urbain

1.  Fantasme – Inventorier précisément nom et prénom des voisins, même ceux des immeubles d’habitation de la rue du Docteur Cabre au-dessus des commerces et de la banque. Faire le tour du quartier et oser. Sonner un matin. De préférence un dimanche. Pas trop tôt quand même. Oser. Donner le bonjour – au sens plein et fort d’un souhait de Continuer la lecture#40jours #21 | protocole pour îlot urbain

#40jours #20 | ! donne !

! on traverse ! donne-moi la main ! petite main dans grande main dans main ridée dans vieille main ! donne ! main dans la main sur le passage donne ! paume blanche de ta peau noire levée pour remercier donne ! peau blanche dans ta main noire donne ! donner c’est donner ! ta main dans la mienne on traverse et on marche à grandes enjambées à Continuer la lecture#40jours #20 | ! donne !

#40jours #18 | la maison rouge

Cheveux d’enfants emmêlés de mer de sable de soleil. Peaux rougies. Il faut rentrer. Il est tard. On rassemble seaux pelles râteaux serviettes empesées de sel pliants de plage. Démarche prudente de l’arrière-grand-mère sur la plage empêtrée de galets goémon trous dans le sable. La grand-mère lui tient la main ; la grand-tante veille à côté tout en jetant un œil Continuer la lecture#40jours #18 | la maison rouge

#40jours #17 | femmes-jardins

Sept heures. Pour elle, la journée a commencé à six. Dans la fraicheur du jardin. En attendant les clients du jour, elle est assise sur le seuil d’une devanture de magasin encore fermé. Coffre de la voiture ouvert. Chargé des fruits et légumes du jour. Comme chaque matin, elle regarde la rue à l’affût de ses âmes errantes à qui Continuer la lecture#40jours #17 | femmes-jardins

#40jours #14 | permis d’exister

Sans-papiers. Il a tout laissé derrière-lui : les morts et les vivants dans les décombres de Petit-Trou-de-Nippes ; le port de pêche et son embarcation, ses filets, ses lignes, les livres de la petite bibliothèque Dany Laferrière ; sa vie de peu, sa vie de presque rien, assommé de malheurs accumulés. Sans-papiers. Il a tout perdu pendant le voyage. Alpagué, molesté, dépouillé de Continuer la lecture#40jours #14 | permis d’exister