autobiographies #09 | de temps en temps

Le soir, une fois éteintes toutes les lumières du bas, il faut grimper dans le noir jusqu’à la chambre à coucher en haut de l’escalier, heureusement muni d’une rampe à main gauche -car le vide de l’autre côté peut nous happer- puis chercher sans tarder et à tâtons l’interrupteur de la lampe de bois clair en se courbant légèrement pour être au niveau de la petite table puis laisser courir ses doigts sur son bord jusqu’à toucher le fil électrique. Une fois la chambre éclairée, s’étendre dans le lit et se demander si l’on veut lire ou tenter de s’endormir. Jeter un œil au réveil. La chambre est simple d’aspect et l’on s’y sent bien. La penderie foutraque est tenue en respect par un léger rideau de tulle blanc, la chaise héritée de la grand-mère se reflète dans le grand miroir. Tout cela est à une distance raisonnable, propice au calme de l’esprit. Par le velux, le ciel est bien visible, la lune aussi qu’elle soit ronde ou sous sa forme croissante/décroissante. L’autre soir, c’est vers les deux heures que Charles Darwin s’est montré. Sa longue barbe était comme prise dans le halo de la lune. J’étais heureuse de sa visite J’espère que vous allez bien ? On a discuté un bon moment à propos de ses petits chats miauleurs pas plus grands que des puces.

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Le matin, il me faut mon café. Avant toute chose. Un œuf frit avec une tranche de pain l’accompagne. Dans la cuisine minuscule, je pivote trois fois ; une fois pour accéder à l’évier, remplir la bouilloire et appuyer sur son bouton ; une autre fois pour mettre la main sur la boîte contenant le café et en prélever deux grosses cuillères à mettre dans la cafetière ; la troisième fois pour prendre un œuf sur le plateau fleuri, le mettre dans la poêle au préalable légèrement huilée et le faire cuire sur la gazinière. Ces opérations complexes accomplies (complexes surtout au réveil) me contorsionner avec café, œuf, couverts et pain que j’aurai attrapés dans un des placards et sortir de cet espace exigu. Je vous assure que c’est une gymnastique dont je me passerai bien à cette heure du jour. Si je ne suis pas très bien réveillée ce rituel, comme vous pouvez vous en douter, est mis à mal et ma journée foutue. Mais en général et avec l’habitude, cela se passe bien et je peux commencer à petit-déjeuner une fois le couloir gagné. Enfin presque. Je m’installe sur la corde tendue tout le long de celui-ci, à mi-hauteur du sol et du plafond et jongle avec tout mon chargement. Je ne m’octroie le droit de manger que si j’ai réussi mon numéro. Depuis que mes parents m’ont interdit de jouer avec la nourriture, c’est une discipline à laquelle je tiens. Darwin a oublié son chapeau ; les petits chats miauleurs y dorment au chaud.

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Dans le jour, le couloir bleu et gris s’anime tout du long. Des gens y déposent manteaux, blousons et sacs. Ils se saluent plus ou moins familièrement, poussent la porte à deux battants qui leur fait face et dans la grande pièce, s’assoient à même le sol afin d’étirer leur corps et faire taire leurs pensées. Au fur et à mesure de la séance, l’âme de la maison se charge de nettoyer les scories. Les corps se délient, le visage se lisse, juvénile il s’affine tandis qu’un sourire se forme même s’il est vrai qu’il arrive, quelquefois, que l’un ou l’autre dans le groupe, pleure doucement sans bruit. . Ils rajeunissent c’est certain. Du couloir alors filtrent des chants médiévaux très beaux. Le temps s’arrête. Pendant toutes ces phases, le vieux Darwin n’a pas montré la moindre ombre de son nombril. Planté devant le portrait de la maîtresse de maison, il constate Lorsque les voix s’élèvent, les oreilles des chatons fusent vers le ciel il demande Allez-vous bien ?

A propos de Louise George

Diverses professions et celles liées au "livre" comme constantes.

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