autobiographies #11 | Étienne

On te voit partout…en tous temps, au carrefour, au coin d’une rue. On peut aussi te rencontrer par un beau jour ensoleillé, souvent à la fin du jour et parfois dans la brume. Tu restes planté là à la vue de tous. Mais tu nous échappes quand on t’approche de trop près. Tu nous es familier et pourtant on te ne connaît pas. Alors on te déchiffre, on te décode mais on n’arrivera jamais à te lire car, telle une figure évanescente, tu prends toutes les formes voulues dès lors que le contexte s’y prête. Finalement on ne saura pas qui tu es vraiment.

On te retrouve même dans les fashion weeks où on te voit enfiler, enlever, essayer, chausser ou porter des vêtements et chapeaux taillés très courts ou trop justes pour moi. Peu importe les modes, tu ne prendras jamais un gramme de trop et on apprécie vraiment habiller ta taille mannequin. Tu aimes être admiré dans les vitrines des boutiques de luxe, être le centre de l’attention. Quels que soient tes oripeaux, tu prends la pose pour qui veut bien te prendre en photo. Et c’est encore mieux quand c’est Valérie Belin qui immortalise ton portrait. On ne te connaissait pas ce goût affirmé pour le faste et l’apparat. C’est vrai que tu as été à bonne école

On te reconnaît sans hésiter partout dans le monde, dans les profils de badauds goguenards, croqués et découpés en un tour de main, au détour d’un stand de foire. On trouve même ton effigie dans les boutiques spécialisées et on peut même la commander sur internet. Ta notoriété a franchi les frontières Belle revanche pour quelqu’un que l’on ne voulait plus nommer.

Tu es le réceptionniste de l’hôtel, le serveur de bar, le livreur de pizza, le commerçant dans sa boutique, le juré au tribunal, le prêtre en sa paroisse, le passager du bus, le passant dans la rue, devenus le temps d’un tournage de pâles figurants anonymes, vites oubliés. On t’envie les petits rôles que chacun aimerait endosser, auxquels pourtant tu n’étais pas destiné. Comme eux tu ne seras jamais une star et on ne lira même pas ton nom au générique de fin.

Ah si ! tu as eu ton quart d’heure de célébrité, sous les traits d’une créature cauchemardesque, un vampire aux doigts griffus, ombre démesurée surgissant de la nuit, pour martyriser des vivants inconscients. Tu as été l’icône de Murnau, le symbole du cinéma expressionniste. Cette démesure t’a jadis été reprochée par Voltaire. C’est te faire un bien mauvais proçès. Comme quoi on peut-être philosophe et dire des âneries.

Tu aurais pu avoir une rue à son nom, une place dans les livres d’histoire. Tu voulais accomplir de grandes choses : faire payer les riches et les privilégiés. Crime de lèse-majesté dans la maison du “bien aimé”. On t’a chassé de la cour des grands sous les railleries de monsieur Voltaire, encore lui, on a vite effacé ton nom des mémoires, et on t’a réduit, par dérision, à une vulgaire silhouette de papier noir. Tel était ton destin Etienne de Silhouette.

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