CANICULE

Vie menée sous CANICULE faim encore de pas fruits ni jus théglacé ou sorbet faim chaude de pain blanc et lourd CANICULE ciel sa toute mie d’alvéoles serrées d’HLM CANICULE modérée en forêt l’utilité enfin vérifiée des arbres CANICULE accent posé grave au e des villes CANICULE comme on passe sous un long silence CANICULE de tous suer ensemble sa transpiration chacun comme sac à main CANICULE trop CANICULE pour parler pas très envie de parler moins de parler que de manger même si plus malpoli de manger en CANICULE qu’en deuil CANICULE les gens vivent ils vivent partout on vit tout le temps CANICULE humaine CANICULE boire pour s’hydrater CANICULE manger pour les forces CANICULE aimer pour l’amour comme CANICULE exagère soleil CANICULE d’être aisselle seule sur l’autre grande aisselle du monde CANICULE vieille isolée comme un cri CANICULE soleil pour chacun avoir ses épaules et pas CANICULE contagieuse d’avoir tous ce seul ciel CANICULE petit scrupule airBNB du ciel CANICULE opercule capital avant vivre et la journée de vivre avant bientôt septembre d’avoir oublié CANICULE nuages encre grise d’encore une rentrée loin de CANICULE bogue et marron et rien la vie seulement comme la vie la vie comme ciel d’un seul souffle et on doit vivre toute la vie d’un seul coup CANICULE l’insupportable enfin manifesté le terrible de vivre tout feu dehors ciel retourné avoue son insupportable métier d’être ciel notre insupportable métier d’être humain debout sur cette terre DEBOUT de s’être un jour relevé CANICULE et avoir cru qu’il faut vivre DEBOUT toute une partie de la journée et attendre le noir seulement de s’allonger et entre temps DEBOUT faire des choses des choses bureau des choses s’embrasser des choses faire vivre une association et jardiner on a découpé vivre en allongé DEBOUT et oublié de découper vivre en les parties intéressantes de vivre et les parties de vivre qui ne sont pas vivre qui sont pousser ses deux épaules comme marionnettes à gaine le ciel ne s’habille pas le ciel vit allongé le ciel allonge sa seule sensation rentabilisée on devrait endurer chacune des sensations comme CANICULE et que sensation s’enville et que ni DEBOUT ni allongé ne soulage il ne faudrait pas que maman meure sous CANICULE aujourd’hui maman est morte le ciel ne se partage pas entre avoir chaud et avoir triste il ne faudrait pas que maman meure ce serait trop irréel penser à maman comme sous CANICULE penser à la neige à l’indolore couleur de la neige.

A propos de Milène Tournier

Milène Tournier, née en 1988, docteure en études théâtrales de l’université Sorbonne Nouvelle, est une auteure de théâtre et de formes croisées. Milène a publié aux Editions Théâtrales en 2018 Et puis le roulis. Son livre Nuits paraîtra aux éditions La Ptite Hélène fin 2019. Elle s’intéresse à la littérature en lien avec les arts numériques, et crée des poèmes-vidéos : https://www.youtube.com/channel/UCiGj9AbLGsbPr4azkClDWfA