Carnet individuel – Isabelle Vauquois

40 | neuf instructions pour son double pour que continue le carnet

Écris quelques mots, 480 signes ou plus tous les joursNote des paroles chopées au vol

Lis pour écrire, écris pour lire

Essaie d’aller voir du côté du journal de Kafka

Marche et perds-toi dans la ville

Marche, observe et écris dans ta tête ou sur ton téléphone

Ecris ce dont tu ne te sais pas dépositaire comme le dit François Bon

N’hésites pas à recopier des extraits de textes aimésReprends tes notes journalières, donne leur de l’épaisseur, de la hauteur, de la couleur et publies-les sur ton blog sans te soucier de tes lecteur.rices.

Ajoute des photos, des dessins… et trouve ta singularité.

Ouvre ton carnet du lendemain et lance toi sans penser à ce qui précède !

39 | ce dont on ne peut parler

?

38 | stratégies du rêve

Rêver. Joker. Pas mon truc. Encore moins d’écrire sur mes rêves. Ne rêve jamais. Ça n’existe pas de ne pas rêver on me dit. Rarement des souvenirs. Penser que je n’arrive pas à dormir. Le réveil sonne, je reste éveillée. Entendre des voix amies, des bruits familiers. Je me réveille en sursaut. Je suis seule dans l’appartement. M’étais rendormie après la sonnerie du réveil – Avoir l’impression de ne pas rêver la nuit mais dans la journée, oui souvent rêver éveillée.

37 | du par cœur

Mrs Dalloway dit qu’elle irait acheter les fleurs elle-même… Quel matin frais !  pensait Clarissa  Dalloway. On dirait qu’on l’a commandé pour des enfants sur une plage. Cette phrase me revient souvent en mémoire. Une phrase simple qui me met en émoi sans raison particulière. D’une infinie poésie. Pendant le confinement je l’avais inscrite en lettre noire sur un carton recouvert d’une peinture dorée. Posé au-dessus de mon bureau. Photographiée, imprimée et collée dans mon  carnet de confinement.

Dans cette période où les voyages se limitaient à un rayon de mille mètres, cette phrase était source de rêverie, de voyage à Londres dans la tête. Mrs Dalloway un livre découvert au retour de mon premier voyage à Londres, alors que depuis quelques mois je lisais le journal de Virginia Woolf et avais visité les lieux de l’écrivaine. Bloomsbury, Hyde Park, Saint-Yves, Monk’s House à Rodmell. Sans doute que cette phrase est à jamais gravée dans ma mémoire et me transmute vers Londres et l’Angleterre.

36 | routines du lire écrire, et quoi faire de mieux

Premier geste du matin attraper le livre au pied du lit. Pour temps de lecture dans la journée. De routine il n’y a pas vraiment. Sauf le café, pas possible de commencer la journée avant. En p’tt déjeunant regarder son fil Facebook. Piocher quelques articles, lire Paumée de Brigitte Celerier, parfois si temps et courage la chronique d’André Markowicz sur l’Ukraine. Les titres de Mediapart. Si pas trop tard quelques pages du livre rapatrié de la chambre.
Puis allumer l’ordinateur pro. Lire ses mails. Répondre. Penser à la consigne d’écriture du jour. Ouvrir l’appli oneNote pour jeter quelques lignes. Reprendre le fil du boulot. Passer un coup de fil. Écrire un courrier. Un rapport. Coincée sur un dossier. Rêvasser. Lire trois pages du livre en cours. Parfois suffit à débloquer le dossier.
Jour de déplacement en Dordogne. Relire le paragraphe précédent jusqu’à Mediapart. Ensuite reprendre le fil de la lecture ici : sauter dans la voiture de service et brancher un podcast. Souvent une émission ou entretien littéraire depuis que j’ai rencontré l’écriture. De temps en temps s’arrêter sur un parking pour jeter quelques mots dans oneNote.

35 | la panne, l’embrouille

Tu te souviens de cette pièce vu au TNBA en janvier ? oui montée par Catherine Marnas – impossible de me souvenir du titre – oui avec deux acteurs – Euh… d’eux aussi j’ai oublié le nom – une jeune institutrice en Charente – fin 19e – six lits alignés sur scène – cisgenre – virée de l’école quand on a su qu’elle avait changé de sexe – vie brisée – jeu de voiles légers – envoûtants acteurs – en arrivant au théâtre une affiche me nargue, la pièce est reprogrammée – Herculine Barbin : Archéologie d’une révolution.

34 | ah ça ce serait une histoire pour…

Ma bibliothèque : un capharnaüm plus ou moins organisé. Les étagères avec des coins théâtre, environnement, art contemporain, art brut, bd, littérature, dvd – des piles par terre – à classer, à lire. Pourtant je suis sûre que comme Monsieur Chardon bleu dans la parfumerie bric à brac filmée par Agnès Varda dans Daguerréotype qui sans hésiter déniche un flacon sur les étagères, je trouverais n’importe quel livre. Et d’ailleurs Varda elle l’aurait filmé comment mon capharnaüm, et sa voix off qu’aurait-elle dit ?

33 | faire le vide

Se vider la tête. Aller marcher. Franchir la dune. Entendre l’océan. Redécouvrir l’immensité de la plage. Sentir les odeurs des embruns. Se remplir les poumons d’iode. Ressentir le froid vif en cette fin de journée de décembre. Admirer le contraste des couleurs. L’orangé du sable, les bleus, électrique de l’océan, légèrement rose du ciel. L’intensité du blanc des  vagues. Ne penser à rien. Juste fixer l’horizon et tenter d’apercevoir l’Amérique. Marcher. Rentrer quand le soleil se couche. Constater un miracle, un texte s’est écrit dans la tête.

#31 | de l’état du monde

Tu te souviens qu’aujourd’hui 10 décembre c’est l’anniversaire de la déclaration universelle des droits de l humains. Alors tu ouvres le site d’Amnesty International. Tu n’écriras rien aujourd’hui. Pas de mot pour dire la liberté d’expression.

Celle d’Alexandra Scotchilenko, une artiste russe détenue pour avoir critiqué la guerre en Ukraine. Celle de la journaliste chinoise Zhang Zhan emprisonnée et torturée pour ses reportages sur le covid. Celle de Shahnewaz Bangladais condamné à 10 ans de prison pour un post facebook de défense de l’environnement. Elles, eux et tant d’autres…

#30 | fait divers, tout petit fait divers

Aire-sur-Adour. Landes. SDF. Trente ans. Se dénonce à la gendarmerie. Il dit avoir volé des barils de pétrole cet été à Mimizan. Les gendarmes vérifient. Des barils ont en effet été dérobés en août dans cette commune. Valeur 1300 euros. Douze mois de prison, six avec sursis. L’homme dit vouloir payer sa dette à la société pour prendre un nouveau départ. Il s’est dénoncé le 7 décembre. Il veut passer l’hiver au chaud, commentent certains.

#29 | on n’aurait pas dû, voilà

Jamais je n’aurai dû allumer la télé dans cette chambre d’hôtel. France 5 chaîne du service publique. Voir Bardella et Le Pen dans un spot publicitaire vantant les idées du Rassemblement national. Et incitant les téléspectateurs à adhérer à ce parti. La banalité du mal. | Jamais je n’aurai dû accepter ce rendez-vous avec les élus d’une petite commune, dont la conception de l’urbanisation qui va saccager une zone de grande qualité paysagère m’a désespérée. Pas réussi à les convaincre.

#28 | ruminé, rabâché, ressassé

Souvent de façon aléatoire elle revient en mémoire cette question de la manière d’écrire mes pérégrinations dans la ville pour en saisir l’esprit ou le génie des lieux peut-être la réponse hier avec ce double observé par la voie de la narratrice noter ces quelques pistes de réflexion dans le carnet ainsi les garder en mémoire pour y revenir les consolider et avancer dans l’objectif fixé à l’origine d’écrire les lieux arpentés

#27 | pas moi, mais mon double

Tu participes à la fresque du climat. Au début, tu écoutes les consignes, te prêtes au jeu. Tu interagis avec tes collègues pour positionner les cartes des différentes composantes du changement climatique. Je te regarde, c’est imperceptible, je le lis sur ton visage. L’exercice collectif, trop long pour toi. Un hochement de tête, quelques mots par intermittence, tu es ailleurs. Je le sens, je le sais. Partie dans tes pensées, vers la journée de demain en Dordogne, vers les canoës de Kerangal… Vers ailleurs.

#26 | choses nettes, choses floues

Flou le matin avant d’avoir chaussé mes lunettes de myope, la tête encore pleine de sommeil – Nets les messages des syndicats : élections professionnelles, votez [pour nous] avant jeudi – Floue la prévision de circulation des trains en décembre – Floue la position de l’Iran face à la suppression de la police des mœurs – Net le tracé des rails du RER qui filent vers Paris – Flou le paysage de Seine par la fenêtre du RER :  brume et pluie – Peu de net beaucoup de flou c’est lundi. 

#25 | fragment du corps

Corps emmitouflé dans un manteau chaud et étanche – protège de la pluie – cerveau a conscience du besoin d’eau – corps, visage et lunettes apprécient moins – corps en marche, tête écrit en marchant – corps à l’arrêt en attente devant stands du marché – tête lit les textes du Grand carnet – corps fatigue sous la charge des kilos qui s’ accumulent dans le panier – retour pas de pluie – corps apprécie – cerveau moins, pas suffisant ces pluies fines pour recharger les nappes !

#24 | salle d’attente

Fixer le plan de Paris jauni, un coin qui pendouille sur la tapisserie défraîchie pendant que le réceptionniste de l’hôtel rédige la facture pour deux nuits. Ça va être long asseyez-vous. | Rester longtemps sous la chaleur de la couette alors que le réveil a déjà sonné. | Assise dans un fauteuil sans penser à rien, enfin si : c’est ça un temps perdu ? | Monsieur, n’enlevez pas votre carte trop vite. Ça fait trois fois. Allez-y, vous attendez trop cette fois. Allongement de l’attente à la caisse du supermarché.

#23 | exercice avec dénombrement

2/12/22 | 16:32 | RER D. De Gare de Lyon (75) à Ponthierry (77). 49 kilomètres. 50 minutes de RER. [9h12 à pied, 2h45 à vélo]. Changement à Melun après 26 minutes de trajet. 13 minutes pour le  changement. Champ de vision trajet 1 : 3 trottinettes. 6 personnes lisent sur leur écran de portable, 0 un livre. 1 voyageur mange 1 pomme, 1 téléphone. 2 portent 1 casque sur les oreilles. 0 se parle. 2 portent 1 bonnet, 3 une capuche. 1 contrôleur annonce, 0 problème sur la ligne.

21 | faire bouger les choses

Recouvrir sur les présentoirs du kiosque de la gare, le Figaro par Libération, Beaux-Arts magazine par Art Press, le livre /comment se faire des amis/ par /La place/ d’Annie Ernaux | Prendre le train de 12h45 pour Mont-de-Marsan, alors que je vais à Paris par un autre train de 12h45. Non quand même pas ! | Décider de passer la soirée à la cinémathèque et sentir que mes pas me dirigent vers Beaubourg pour la soirée autour de Jane Campion. Aimer que mes pas décident de ma soirée.

#20 | la scène est muette (mais vaut son prix)

Pas de transaction entre deux personnages, juste une appli qui dit à une narratrice qu’elle a échangé son billet de train 24h trop tard. 15 euros de pénalité. | 18,18 euros. Pas un mot juste un visage déformé par l’étonnement de l’acheteuse et un rire de la caissière. | Drôle de billet dans la main de la personne devant moi. Je reconnais la MIEL une monnaie alternative d’Intérêt Économique Locale. La caissière du magasin bio n’est pas troublée. Elle rend la monnaie sans une seconde d’hésitation.

#19 | Transaction

Il bascule sur sa chaise à roulettes, frôle la chute. Ah non le service du courrier ce n’est pas là. C’est Tour A 17e étage. Vous êtes Tour B 18e étage | Glissez votre carte, c’est bon. Bon appétit dit-elle en enregistrant déjà le montant du plateau suivant | Arrivée de la personne qui nettoie les bureaux. Un petit signe de la main pour bonjour, je suis au téléphone. Échange de sourires. Un geste de la main plus ample, oui vous pouvez entrer, non vous ne me dérangez pas |

#18 | recopier c’est facile

J’ai cru longtemps que je voulais raconter l’histoire de mon père. Et dans la banale histoire d’un homme banal, j’aurais glissé la mienne. Puis j’ai compris que ce n’était pas ce dont il s’agissait. Ce dont il est question ici, c’est d’une géographie. Une question de territoires qui se côtoient, se croisent, se chevauchent et s’interpénètrent. Si c’est une histoire de géographie, c’est alors une histoire de frontières souvent fermées et pourtant franchies, infranchissables et pourtant traversées. Au delà du silence, au delà de la mort. La tienne.

Le livre de Pascale Dewanbrechies posé sur la table du salon. Un bel objet à la couverture bleu ardoise. Titre, auteur, maison d’édition en lettres blanches. Une typographie ronde. Georgia. Une police à empattement créée en 1993 pour une grande lisibilité sur écran. Une police qui dit le voyage. Le dessin d’une DS, en trait blanc, évidé, laisse apparaître le fond bleu ardoise. On imagine aisément le choix de ce dessin pour dire la /géographie d’un père/.

#17 petits embellissements bienvenus

Sous les pavés la plage, sous le bitume la terre. Arracher le bitume dans la ville. Laisser pousser les arbres, les mauvaises herbes, les fleurs. Planter des arbres fruitiers. Retrouver une ville fraiche et nourricière. Une terre grouillante de vers de terre, papillons, limaces, abeilles, passereaux… | Remplacer les noms de rues à la résonance militaire par Chantal Akerman, Agnès Varda, Duras, G Halimi, Rosa Parks. Pas de risque qu’elles soient majoritaires, guère plus de 10% aujourd’hui à Bordeaux.

#16 | une après-midi à Bordeaux

Pull bleu marine brodé d’un écusson TBM | Soutane d’un noir intense, une petite touche de blanc, le col romain qui ferme la chemise | Kilt écossais, met en valeur un tatouage sur le mollet  | Vêtue de noir de la tête au pied, une seule note de couleur un foulard orange brique | Emmitouflée dans un blouson rose fuschia, pantalon rose parsemé de fleurs blanches, baskets roses | Blouson jaune vif, voilée d’un foulard noir | Pantalon gris anthracite couvert de tâches de plâtre et de peinture | Blouson de cuir noir, jean, et rangers noirs un casque de moto rouge à la main | Casquette, foulard et blouson de qualité, jean déchiré, baskets aux semelles compensées  | Tee-shirt à lignes, blouson sans manche, sac à dos avachi, casque sur les oreilles | Manteau beige assez long, jean, talons aiguilles, lunettes de soleil | Bermuda noir flottant, blouson à la fermeture éclair jaune fluo, bonnet orange, chaussure de jogging | Los Angeles écrit en lettres capitales jaune à l’arrière de son blouson noir, manches blanc-cassé | Pantalon moulant noir et blouson coupe-vent rose fuschia | Skate vissé au pied, pantalon noir large, Tee-shirt noir orné d’un dessin en arabesque blanc, casquette noire, visière à l’arrière | Tout est ajusté laissant deviner les muscles, le pantalon, le pull, les gants, le bonnet | Tout est ample, le jean, le pull, la chemise, le blouson, le bonnet | The North Face écrit sur le pantalon, les chaussures, le blouson, le sac à dos | Jean serré, pull court laissant voir le ventre | Béret Basque, pantalon de randonnée, chaussures de marche, coquille Saint-Jacques accrochée au sac à dos | Keffieh autour du cou, jupe longue fleurie, veste longue en laine |

#15 | cut up moi ça

Ne vous inquiétez pas le tracé de la véloroute est en dehors de l’espace naturel sensible / Le maire avait tout dans la tête. C’est difficile pour ses adjoints de reprendre les dossiers depuis son décès. Pas encore de candidat.es pour le remplacer. Les élections approchent / Accident sur l’autoroute A63. De gros ralentissements à prévoir / Vous n’avez rien à payer le vin était compris dans le menu / Le coût d’un mur en pierre sèche est pratiquement identique à celui d’un mur en béton. Tellement plus adapté à ces paysages remarquables du Périgord.

#14 | rien qu’une seconde

Une femme marche paisiblement le long de la Vézère aux Eyzies. En l’espace d’une seconde une rafale emporte tout. Les routes et les ponts. La ligne de chemin de fer. Les maisons, le musée de Préhistoire, la mairie, les hôtels et restaurants. Les forêts et la végétation qui couvrent les falaises. En une seconde le temps fait un bond de 35 000 ans en arrière. Du temps des premières occupations homo sapiennes de la Vallée. la femme est entraînée dans ce tourbillon du temps. Elle se dirige alors vers l’abri sous roche où elle vit avec sa tribu.

#12 | la grisaille, les dessous

Pour préparer l’écriture sur une ville. Tenter la méthode des Paysagistes. Décortiquer la carte au 25 000e, repérer le relief, les routes et les chemins, les cours d’eau, la toponymie. Puis arpenter le lieu en marchant. Saisir l’esprit du lieu. Ouvrir Google street view et explorer la ville plus vite. S’aider d’internet, engranger des bribes de son histoire, sa géographie, ses activités humaines pour construire son paysage. La grisaille est posée sur la page, plus qu’à jeter les mots.

#11 | c’est dimanche

Écrire pour ré-apprendre à lire ou lire pour mieux écrire ? Souvenir des livres, des auteur.es découvert.es – lu.es -depuis que je tente d’écrire. Le devenir du roman par un collectif d’auteur.trices paru chez Inculte. Jacques Roubaud. Danielle Collobert. Georges Perec. Jane Sautière. Olivia Rosenthal. Anne Savelli. Edouard Levé. Marie Cosnay. Emmanuel Hocquard. Etel Adnan. Laurent Mauvignier. Marielle Macé Nos cabanes. Depuis le début de cette expérience de lecture-écriture Mes cabanes se sont consolidées.

#10 | pendant que

Pendant qu’Andreï Kourkov lit en russe l’introduction de son dernier livre je pense à Tchekov. Pendant que Maïté me coupe les cheveux j’organise en pensée mon emploi du temps de la semaine à venir. Pendant que sonnent les douze coups de midi à la pendule je pense aux coups de Big Ben qui retentissent souvent dans Mrs Dalloway. Pendant que je marche le long de la Garonne à Bordeaux je suis en pensée au bord de l’Adour à Bayonne.

09 | ne pas s’attarder sur

Une berge de la Dordogne couverte d’enrochements grossiers visibles depuis l’autre rive, verrue dans le paysage. Une plate-forme en béton coulée sur un espace naturel sans autorisation. Le Maire de la commune de C. mort d’une crise cardiaque. Les travailleurs migrants au Qatar disent qu’ils ne verront aucun match dans les stades qu’ils ont construits. Des files de camions sur l’autoroute, pas un seul train sur la ligne de chemin de fer contiguë. Une seule bonne nouvelle : il pleut !

#08 | les noms c’est du propre

Alienor d’Aquitaine Julie Gacon Vanessa Ollivier Leïla Clothilde Denise de Pile Calixte Camelle Delphine Labails Naïma Yahi Olivia Gesbert Catherine Meurisse Joséphine Baker Madame Cro Magnon Sabine Maisonneuve Sonia Kronlund Raymonde Suzanne Lauréline Lamotte Madame Neanderthal Martine Armiguet Aurélie Marilyn Monroe Fabienne Sintès Annie Dillard Corinne Morel Darleux

#07 | chaque visage un trait

Au fur et à mesure que l’ascenseur monte les étages de la tour de bureaux les joues de l’homme se gonflent les lèvres se pincent, arrivé à destination il est prêt pour un soupir de démotivation | Expression grave regard dur les yeux esquissent à peine un sourire alors que les autres convives de la tablée éclatent de rire | Charlotte sur les cheveux double paire de lunettes masque sur le visage sous cet attirail perce le sourire réconfortant du dentiste prêt à m’arracher une dent |

#06 | personne d’autre que moi n’aurait remarqué que

Personne d’autre que moi n’aurait remarqué les insectes qui sont sortis du composteur de la rue de l’Emaillerie à 14h34 ? Ni la coque de noix sur le bord du bac. Ni les deux équipes d’enfants qui s’affrontent sur le terrain de foot, ni l’homme qui manœuvre le bras élévateur d’un camion, ni le petit camion jaune du livreur, ni le chien qui traverse la rue. Personne d’autre que moi ? Pas sûr. Mais ce qui est sûr c’est que personne n’a rassemblé ces événements minuscules dans un texte.

#05 | ciel du lundi

8h13 – Des traînées de lignes rouges, de fines bandelettes jaunes soulignent des écharpes de nuages de toutes les nuances de gris. 9h28 – Atmosphère changeante. Tout va si vite. Les nuages éclatent de toutes parts. Il pleut. 12h35 – Au milieu des nuages un coin de ciel bleu et un rayon de soleil luttent pour émerger. 15h05 – Les nuages blanchissent, s’affirment, moutonnent. Le bleu du ciel a gagné la partie. 17h35 – La nuit tombe, la lutte est terminée.

#04 | phrase de réveil

Réveil. Pas de rêve. Pas de phrase. Seulement une sensation de chaleur. Me revient en mémoire une info. En octobre, 2° au-dessus de la période de référence 1991-2020. Et en 2030, en 2035, et dans un siècle ? Combien ? Les réfugiés climatiques. Qui va les accueillir ? 2050 au Bangladesh : 20 % du territoire perdu. 13 novembre – sept ans déjà. Se lever. Café. Douche. Se laver le cerveau. Lire Autoportrait d’Edouard Levé. Je me passe du journal pendant des mois.

#03 | il aurait fallu…

– Regarde la rosace ! Au plafond de l’appartement du dernier étage d’un immeuble bourgeois. Aperçu furtivement dans la nuit. Et si je traversais. Et si je poussais le portail. Et si je montais les étages. Et si je frappais à la porte. Sûre que je n’y retrouverais pas les personnages de Huit heures ne font pas un jour de Fassbinder, quittés quelques minutes plus tôt. Sûre du contraste avec l’appartement des Krüger-Epp, une famille de la classe ouvrière du Cologne des années 70.

#02 | si loin, si loin

Le plus petit de mes carnets de voyage. Quelques centimètres de long. Un centimètre de large. Une trentaine de pages. Perdu depuis longtemps. La couverture cartonnée peinte de la couleur des feuilles d’automne de la forêt proche. Sur les pages griffonnés les noms des lieux visités. Des aquarelles lilliputiennes. Des dates. Des brins d’herbes et fleurs séchées. Une page colorée avec la terre locale. Des pages blanches jamais complétées. Sans doute d’autres choses. Oubliées.

#01 | De l’imprévu

Huitième étage de la cité administrative. 17h30. Lever la tête de l’ordinateur. Par la fenêtre la ville en plongée. Les boulevards puis la ville intramuros. Suivre des yeux la rue qui descend vers l’église St-Seurin. Au loin la place des Quinconces, en toile de fonds les coteaux de Garonne. Le soleil décline, le ciel s’empourpre. Au dessus de la ville un immense nuage rouge orangé, des petits gris noirs. Vision cauchemardesque en écho aux images apocalyptiques des grands incendies de l’été.

A propos de Isabelle Vauquois

Née la même année qu’Obama et Sophie la girafe. Vit à Mérignac, à deux pas de Bordeaux. Souvent sur les routes du Périgord dans des Sites aux paysages remarquables pour le travail. Depuis 2017, découvre l’écriture avec les ateliers de Claire Lecoeur. Réapprends aussi à lire. En parallèle écoute les vidéos de François Bon. Avec ce grand carnet, ose me lancer pour la première fois. Blog en construction : https://les-calepinotes-d-isa.fr/a-propos/

38 commentaires à propos de “Carnet individuel – Isabelle Vauquois”

  1. Bonjour,
    je n’avais pas encore lu votre carnet individuel mais bien repérée votre part dans les Compiles du jour, un je ne sais quoi de mordant, ou plutôt d’acidulé, qui pimente, qui réveille — toute ensemble ça fontionne, on voit votre univers se déssiner, et on a envie de le découvrir plus, bonne suite, C

    (juste un truc dans votre bio mettre en lien plutôt qu’en texte simple l’adresse de votre site, on y accedera directement) (ou à faire quand il sera finalisé)

  2. Bonjour,
    Et grand merci pour vos commentaires ! Quelle bonheur d’avoir osé me plonger dans cette aventure… Tous ces textes, ces carnets et ces échanges. Vertigineux et très porteur !
    Merci pour le truc pour le site (qui est une ébauche, mais vais le mettre en lien)…

  3. oh mais que tout ça est bien ! j’aime vraiment !
    sans parler que Le devenir du roman : point commun entre nous.
    je reviendrai — si @François Bon nous offre la possibilité de mettre des marque ta page pour qu’on ne perde pas le fil 😉

  4. Bonsoir,
    je vois qu’à nouveau ça marche, cet effet d’humour, de décalage, alors que le carnet se fait, que les fragments sont repérables avec ou sans initiales dans les compilations du jours, on sent une présence et une unité — les lieux, Dordogne, le village, Bordeaux, et “je” qui selon les heures, travaille, rêve éveillé, va et vient et surtout surtout interroge ce qu’elle voit et vit,

  5. #27 on sent très bien dans l’écriture la présence ailleurs de la narratrice à cette réunion (il semblerait que la fresque du climat soit une antienne dans les réunions (de service) ou autres formations

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