#carnet individuel – Rebecca


Pour dire le silence de mots, choisir une perspective: le bruit des quelques pièces jetées | clingclingcling dans le jadis pot à crème fraîche (l’étiquette ne l’est plus) en verre | aucun regard de elle à lui de lui à elle | bien retenir le geste banal mécanique | maintes fois répété ? | le chien immobile et son maître tout contre cartons dépliés humides | c’est la ville même qui est muette (sourde) 

regard échangé infime instant profondeur à déborder le temps tous les paysages ici réunis

Un battement d’ailes sur la Seine un cri sur le fleuve l’air qui soulève le souffle qui propulse l’infime mouvement l’oiseau blanc le ciel gris les eaux sombres les quais vides sauf d’un battement d’ailes sur la Seine le vide de l’espace emplit d’un oiseau un seul oiseau et l’air autour et l’eau dessous et le reflet du ciel sur l’eau et l’infime battement d’ailes un regard vers l’oiseau.

Sous la pluie un sol détrempé tout glisse tout est bord d’un gouffre que le temps s’y perde un instant seulement apparaît alors sous la pluie suspendue un arbre dans un pot rose un olivier viendra un jour dans le temps revenu à mourir privé de racines longues et profondes privé de frondaison voisine à effleurer d’une brise il renature dit-on tandis qu’il ne boit qu’à sa perte sous la pluie reprise.

quelque chose comme danser sans danser. Un mouvement de l’intérieur, pas forcément du corps. Une rythmique qui s’installe, un tempo, l’esprit qui danse, qui répond à un appel, quelque chose comme une vibration, ma grisaille.

mémoires comme souvenirs d’enfance placés précisément dans cet angle mort qui se meut dans une imperturbable synchronicité, celle de ce qui veut échapper à la vue, au saisissement. Restent dans l’ombre. C’est pourtant là enfouie que doit se trouver cette première rencontre du lu et de l’écrit. Je ne sais pas.

et pendant que je cours que mes cuisses dialoguent avec mes poumons, j’avale le paysage, j’avale les foulées amples et légères de cet homme son bonnet presque sur les yeux j’avale le sourire lumière de cette femme et de cet alignement d’arbres automne j’avale les voiliers sur l’étang qu’activent depuis un banc des mains ridées aux rires gamins j’avale le chien minuscule j’avale le chant des perruches vertes j’avale le ciel qui s’alourdit de gris j’avale le sentier sableux ses racines pour obstacles j’avale les couleurs chaudes de l’hiver partout tout autour j’avale mes pensées.

Tout est là et pourtant on s’obstine, œillères, voile, silences tandis que le temps s’enroule, d’un clignement de l’œil, complice, on lui enjoint de tourner plus vite et encore encore tout est là on ne s’attarde sur rien nos vies succombent, mouvement confortable et traitre.

demi-lune sombre creusée sous l’œil bleu s’étire en arc inversé comme caresse autour de la joue encore gonflée d’un dernier sourire | ligne drue soutient le front un oiseau immense d’horizon a ici déposé son ombre | vague pourpre épaisse ourle la peau noire en jaillissent des mots, flots lointains inaudibles on les rêve

le temps s’écoule pour chacun selon une rythmique propre, ici il s’étend devant un café, là il trotte derrière un chien roux en laisse, plus loin il attend le client, d’écrire un humain depuis le temps qui s’enroule autour de lui.

Sont toujours présentes dans mon ciel les formes vivantes, les animaux et les visages tapis dans les strates grises et épaisses bousculées par le vent. Il est lourd, menace de céder. Si demain je ne les vois plus, ne les reconnais plus, serais-je morte ou alors aurais-je trop grandi ?

Ne pas mentir. Rencontrer l’avant-écrire, trouver les mots qui existent, se posent, prennent forme avant l’écriture, c’est ce que je cherche ici.

avancer une journée entière dans la ville, collecter tous les visages croisés, qu’ils s’impriment sur la rétine, les collectionner, arrêter le temps et à chacun consacrer l’éternité, les garder ni dessinés, ni décrits, pour chacun trouver un mot ou l’inventer (peut-être alors retrouver les traits des visages oubliés)

Une forme arrondie. Les traits sont flous les chercher un à un. Un front. Un nez peut-être. Une bouche. Un profil. Rien ne vient. Ne subsiste qu’une impression, une unique impression. Émerge des anciennes années non pas un regard, mais la sensation du regard sur soi porté par un visage sans traits, vide, absent.

Ouvrir mon agenda et y planifier l’imprévu pour les 24h à venir.

*La dernière proposition est en haut d’article*

A propos de Rebecca Armstrong

J'aime la voix alors j'ai fait de la radio (associative), je produis des podcasts et mon métier c'est de faire lien avec ma voix. J'ai écrit, vraiment pour la première fois, récemment. Un manuscrit instinctif est né: des flashs d'un temps passé disons. Il s'appelle "1.2.3". Je souhaite désormais explorer l'écrire avec la profondeur que je sens ici, avec tout l'enthousiasme de la novice. (Et au fait, j'aime les tatouages, les apéros, les lecture à voix haute, mon potager minuscule, courir le matin et lire)

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