Personne ne se souvient précisément où elle habitait. Par là… derrière la CAF, vers la Grand’Église, du côté de la place Boivin, dans les petites rues là-bas,.. Je me souviens que ça montait, il y avait un square pas loin… Personne ne saurait y retourner et même en y retournant, personne ne saurait retrouver l’entrée, les façades des immeubles ayant Continuer la lectureChez madame Ravachol→
Dans cette ville où elle s’arrête pour couper la route. Elle est au volant de son automobile — ma boite à savon, c’est comme ça qu’elle appelle son automobile. Ce doit être à Lusignan. Lusignan c’est le nom qui me vient. Et Mélusine, dans le prolongement du nom de la ville. Elle avait réservé une chambre d’hôtel à Lusignan; si Continuer la lectureLUSIGNAN peut-être→
Quatre hypothèses tirées du parpaing mou. Hypothèse 1 La couverture du même papier fin que les pages intérieures, presque liquide, coulant sur les mains, le livre serait mou comme ce personnage principal, sans colonne vertébrale, allergique à l’architecture, incapable de décision, amorphe au point que toujours le dernier à parler le convainc, sans désir précis que remplir l’espace, être là, Continuer la lecture#9 Hypothèses→
dans L’affaire La Pérouse (POL, avril 2019), Anne-James part d’un épisode historique célèbre, la perte corps et biens des deux bateaux de l’expédition La Pérouse et leurs équipages, pour proposer un extraordinaire voyage imaginaire tout entier basé sur la confrontation de l’enquête (rapports, savoirs, listes) à une suite de 22 «hypothèses» qui sont le fils rouge du livre. L’enjeu pour Continuer la lectureÉTÉ 2019 #09 | les hypothèses Anne-James→
1. Pour le cœur, il n’est, paraît-il, pas très conseillé manger trop de réglisse. Je ne sais pas si c’est vrai. En ce qui me concerne, c’est un puissant stimulant psychologique. J’ai l’impression de manger. Mais je triche. Ce ne sont pas des bâtons que je suce, mais des pastilles non sucrées. Sur la boîte, il est effectivement précisé qu’il Continuer la lectureBoiter du noir→
Je me suis dédoublée. J’ai cessé de me laisser porter. Pas d’accord. Le Je indéfini flottant dans l’espace. J’avais la voilure d’un questionnement incessant. Je suis passée à la phase d’attaque. Pas d’accord. Je me suis cachée la nuit j’ai épié. J’ai dit la vérité simple et vraie. Pas d’accord. J’ai utilisé les mots miroirs glaçants effrayants. Pas d’accord. J’étais Continuer la lecturePar exception→
Devant cette fenêtre immense au deuxième étage d’une tour de logements sociaux une fenêtre verticale elle minuscule devant pas plus haute que trois pommes un petit train à vapeur passe en bas la fin d’une époque les derniers souffles des cheminées bientôt le petit train ne passera plus d’ailleurs elle ne sait où il va si ce n’est vers un Continuer la lectureElle→
Un lieu________des rencontres________des sensations________odeurs d’été________melon___ail___menthe____basilic________couleurs________verdures______salades en pyramides________éclats de soleil des oranges________truculences des potirons________clin d’œil des fraises et des cerises________et le plaisir de choisir ________de caresser_______ la pêche veloutée________la tomate ancienne________ à la robe rouge et noire________le chou-rave bien renflé________le tapoter________qu’il ne rende pas un son caverneux________réfléchir________comment le préparer________poêlé au miel________sans doute_________c’est en Alsace qu’elle a savouré ce plat la première Continuer la lecturele marché du lundi→
Je suis née rouge
incandescente
je suis née dans unx brasier
je me suis allongée sur une petite plage
souvent je m’y suis baignée dans la méditerranée
à l’écart des familles
le soleil m’a dorée
le soleil m’a séchée
le soleil m’a hébétée
dès que j’ai pu,
dès que j’en ai eu la force
je me suis échappée
l’air m’a fait du bien j’ai flotté
flotté, flotté sans savoir où j’allais
sans avoir même l’idée que j’allais quelque part,
que je flottais
j’ai bu du vin des alcools forts
quand je pouvais
j’ai vomi le reste
je flottais comme une étincelle incandescente
qui saute ailleurs
qui allume le feu ailleurs, ravivée par le vent
je n’ai pas de corps
je vis comme un fantôme
je nage dans la mer, le sel brûle la peau de mes bras
je nage la brasse, le crawl
j’aime cette image de moi fendant la mer salée
un, deux, trois, mes bras s’appuient sur l’eau salée pour avancer.
Je fume tel un fer incandescent plongé dans l’eau froide
Un : expérimenter – deux : éprouver – trois : acquérir.
J’ai progressé avec des palliers
j’ai avancé par poussées douloureuses
On m’a appris les langues étrangères
à commencer par le latin
on m’a convaincu du charme de l’ancien
j’ai parlé sans penser
Pendant des années, je ne me suis pas exprimée. Je suis restée muette.
Je n’ai pas interféré tel un objet dont ils ont parlé
sans que je me reconnaisse
je suis allée à l’école paroissiale tout en haut de ma rue
je me suis laissée remplir des mythes exotiques de la religion.
Je les ai intégrés, je les ai rejetés. Ils font encore partie de moi.
J’ai été transfusée. J’ai du sang universel.
On m’a transfusé du sang non infecté par le V.I.H.
Ce qui ne te tue pas te rend plus forte
On m’a tapée violemment contre un mur
tapée, tapée violemment
j’ai été heurtée, j’ai été secouée,
on m’a bousculée sans répit
j’ai fait des retours en moi-même
je me suis recroquevillée comme une tortue qui rentre la tête
car la violence était partout
on m’a agressée, on m’a arraché la peau, écorchée,
je ne suis pas arrivée à me guérir.
Les écorcheurs ont brûlé mon bras qui ne guérit pas.
J’ai acheté un coffre ancien sculpté qui contient mes peines, je ne l’ouvre pas.
Non, on me l’a donné sculpté à la main, à l’opinel, dans le monde sombre des montagnes.
Dans les profondeurs de la mer méditerranée, il y a des coquillages roses parfumés.
Je nage dans la mer méditerranée jusqu’à Istanbul, ma ville préférée.
Istanbul est venue à moi. Je suis rentrée dans Istanbul en voiture au sons des klaxons
et des appels à la prière des muezzins stambouliotes.
J’ai été envoûtée. J’ai été séduite.
J’ai échappé à un tremblement de terre à Istanbul
avec l’homme que j’aimais, qui me charmais.
Je l’ai aimé comme une enfant
dont on a brûlé le bras
un bras qui ne guérit pas.
Je n’ai peur de rien et tout m’effraie
Avec mon bras stigmatisé, je nage dans la mer méditerranée
je nage la brasse le crawl
l’eau salée crame ma peau incandescente
Parfois, le frottement de ma peau crie comme une lame de couteau
renvoie le reflet du soleil
Parfois, je flotte sans corps comme une étincelle dans la mer méditerranée, incandescente
à l’écart des familles.
Naître en ville chic, château-clinique, croire être ce qu’on n’est pas, déchanter vite, grandir maison poupée, pierres de meulière, village ruelles, marcher courir, pleurer sourire, faire comme ci, faire comme ça, ce qu’on attend de moi, être sage, rire aux blagues, rentrer ses colères, fêter les anniversaires, porter des sweats colorés, des jeans neige mais pas troués, des pattes d’éph, Continuer la lectureNaître, etc.→