Mon liseron

Jour 1 Ce sont quelques pieds de liseron, plantés dans une vieille soupière fêlée, choisie pour lui conserver vie et utilité. Elle n’est pas ronde mais oblongue, blanche parsemée de violettes. Comme elle fuit, je l’ai déposée dans une bassine en plastique rouge, avec deux grosses anses sur les côtés. Sous la bassine est demeuré le vieux plateau de frigidaire Continuer la lectureMon liseron

S’Y RETROUVER

Je suis née au forceps. Je suis née ferrée, tirée, extirpée, dégagée. J’ai biberonné, me suis accrochée aux barreaux, me suis redressée, j’ai poussé j’ai marché j’ai grandi, sur le palier. J’ai porté des seaux, remué des graviers, pelleté du sable, organisé des flaques et commencé des barrages. J’ai balisé des courses d’insectes et tenté de dessiner des coquilles. J’ai Continuer la lectureS’Y RETROUVER

Carnet à plumes

Jour 1 Le grand carnet noir à couverture en cuir souple attend sagement sur la table, son rabat élastique fermé sur les pages couvertes de phrases tracées au bic bleu ou vierges encore, hormis le fin quadrillage gris. Un ruban marque la progression de l’écriture, petite queue effilochée de tissu couleur taupe. Le carnet renferme aussi quelques photos, des bouts Continuer la lectureCarnet à plumes

Mur

Mur beige, construction de pierre et de terre, chaux et ciment (il faudrait demander précisément), toit oblique de briques sous une ligne parfaite de ciel bleu. En haut à gauche, une fenêtre aux volets ajourés pour laisser passer l’air et la lumière, traits de soleil, de biais, qui font des formes à l’intérieur, contre les murs blancs ou la tapisserie. Continuer la lectureMur

Dépendance à la cuisine

elle restait immuable         c’était rassurant d’une année sur l’autre         les vacances en saut de puce         été comme hiver         on  ne pouvait pas la surprendre          même en arrivant à l’improviste c’était le cœur chaud          battant de la maison          avec sa cheminée         immense qui mangeait tout le fond               près de l’armoire aux apéritifs         la cuisine         accueillante         avec ses petits carreaux crème         puis Continuer la lectureDépendance à la cuisine

Analphabêtifié à l’échographie

à l’échographie  et puis un jour je serai été naître. Je serai été né terreur terrible rage aux poings serrer serrés et m’hurlerant rouge plus encore… (si jamais on m’aurait un jour espionné) suivant moi défripé sera bouille de lune – la bouillie d’avant les mots, les bulles de bavouilles celui kiss débarbouille ! – qu’il est mignon qu’il est beau ! Continuer la lectureAnalphabêtifié à l’échographie

Tableau avec arbre

La fenêtre du bureau donne sur une rue légèrement en pente et, entre le trottoir invisible et la rue que l’on distingue si l’on se penche un peu, il y a l’arbre. La chaise de bureau est disposée de telle façon que l’arbre se trouve pleinement encadré, légèrement décentré sur la droite. Ne jamais placer son modèle au centre du Continuer la lectureTableau avec arbre

#5. Trous de mémoire

temps passé _____ temps présent _____ se mêlent et s’entrechoquent _____ jamais ne se recoupent _____ ou si peu _____ l’un n’existe pas sans l’autre mais l’autre _____ rupture _____ temps cassé _____ temps élastique _____ temps supprimé _____ et avec le temps surgit la mémoire _____ la mémoire distendue _____ qui n’existe pas ou plus ou presque ou peu Continuer la lecture#5. Trous de mémoire

#07 INTROSPECTION SOUS VERBE (Fil Berger) Version 1

Il y a longtemps, j’ai été désiré. Non totalement désiré. Conçu avec volonté. Conçu avec un peu de réticence. Né dans une maternité. Pas été allaité. On m’a emmailloté. Enregistré à l’état-civil. Je suis resté trop souvent à pleurer afin de me calmer. Entré dans une famille avec amont (déjà là) et aval (prévu). Cherché à faire porter mes cris Continuer la lecture#07 INTROSPECTION SOUS VERBE (Fil Berger) Version 1

ILS DISENT

Ils disent que ça arrive      souvent la nuit dans la nuit         disent que ça ne          fait la plupart du temps         aucun     bruit        je veux dire         au moment précis au moment         fatal                disent que ça ne s’entend pas que ça arrive           loin         des regards à l’écart         que quand ils entrent ça s’est le plus souvent  déjà produit qu’ils  s’y préparent          il y a Continuer la lectureILS DISENT