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Un monde qui en appelle à notre resistance, attend de nous d’autres discours que les siens. (dans un studio de cinéma).
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Dans le premier plan, il y avait eu tellement de monde dans la rue, sur la place, sous les arcades de la ville de province. Beaucoup se croisaient en se saluant car ils se connaissaient. En échangeant des clins d’oeil, des poignées de mains, des nouvelles, aussi bien des lettres de l’étranger (une arrivait de Stockolm et avait fini sa course, là, à Rimini) alors que défilaient les dames très maquillées aux cheveux colorés et crépés (on aurait dit des sopranos sur une scène d’opéra) dans leur carriole trainée par un cheval alerte. Elles sillonaient parmi les rires, les grimaces et les regards avides devant les bars et les restaurants et les boutiques ou un va-et-vient continuait de donner cette teinte de manège et d’orchestre symphonique à la rue qui s’animait au rythme de différentes musiques des plus entrainantes aux plus tristes et nostalgiques. On pouvait sentir. Les cols de fourrure des longs paletots. Exhalaient comme une odeur de tabac brulé se mêlant aux parfums sucrés des femmes aux tailleurs criards ou plus discrets. On fumait beaucoup. De ces mimiques ! Certains se hissaient sur la pointe des pieds pour voir passer la carriole et lui adresser la parole, des invitations, des boutades tandis qu’une passante esseulée disait tout haut avoir beaucoup pleuré en sortant d’un cinéma tout proche. Des silhouettes semblait-il cartonnées de madones poudrées enveloppées dans des drapés bleus trônaient dans une vitrine devant laquelle un vieillard affichait le visage d’un désespéré résigné.
Celui-ci aurait très bien pu incarner le son d’un cor anglais (donc assez mélancolique) faisant la transition entre deux scènes musicales aux univers sensiblement différents et singuliers puisque là ou on le laissait le plan succcessif représentait la même rue mais désertée. Seul le bruit de moteur d’une moto ayant tracé un aller retour sur la place avait pu résonner dans la nuit tandis que les néons des enseignes de magasins s’etaient éteints, aussi celui d’un cinéma (le Fulcor). Tout s’était tu et enfoncé dans l’endormissement de la ville où j’avais cru te voir toi aussi baisser un rideau métallique.
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Il continuait souvent à se tourner et se retourner dans son lit dans un mouvement semblait-il de bercement qui pouvait selon lui, le porter au sommeil et à l’oubli même si les cauchemars auraient sans nul doute repris le dessus lui faisant peut-être regretté son insomnie. Devant ses yeux tel un rideau persistant l’image de ces échafaudages de la fausse cathédrale de son film inachevé, Le voyage de G.Mastorna, continuait de le persécuter. Le rideau tombait, ses yeux essayaient de se fermer, la construction fragile s’ écroulait emportant avec elle des désirs enfouis, ce qui aurait pu dans une scène similaire d’un autre film s’annonçer comme une prémonition.Tout se mélangeait dans un même empêchement, une même entrave au film, au sommeil, à la nuit. Dans un écho revenaient les voix mettaliques des producteurs désertant le décor, et puis, lui qui se noyait, vivait dans sa chair la peur et l’expérience de la noyade, il en avait déjà senti tous les signes avant coureurs. Après de trop longues journées (les tentatives vaimes, essouflées de ton sauvetage), tu t’étais souvent endormi dans le jardin cotoyant la rue, l’été ; cette position permettait d’entendre des voix, des discours sans en comprendre réellement le sens, un flux continu de paroles comme une mélodie, une ivresse aurait fini par te bercer jusqu’’au repos nocturne tout près du puits de pierre si profond qui, petite, m’avait si longtemps fascinée.
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Extrait du projet d ‘écriture en cours
Sur l’ile du Frioul, d’où hier j’étais partie j’avais retrouvé ce même bruissement léger odorant et clair de feuilles et de fin gravier mêlé au sable aussi celui des vagues qui revenait sans cesse au loin. J’avais revu l’hôpital Caroline qui s’était théâtralement profilé, construction surélevée regroupant les restes d’un temple gréco-romain autour duquel un bâtiment bas et allongé avait dans le temps abrité un lazaret qui alors dans ce lointain passé avait été le témoin de notre chantier de bénévoles et où maintenant sur son site en plein air il n’était pas impossible d’assister à des pièces de théâtre ou à de récitals en été sous le ciel étoilé. La cour devant les dortoirs musicaux nous avait vus occupés je m’en souvenais à travailler, durant de longs moments et presque hypnotisés, le ciment (pate grise onctueuse) pour de petits travaux de reconstruction ou d’assemblage de parties d’édifice même infimes.
Un puits assez grand avait attiré la descente de certains spéléologues en herbe qui y avaient découvert un missile sans doute remontant à la dernière guerre et dont le caractère si tangent et concret si imagé nous avait fait divaguer revenir sur l’occupation allemande et le bombardement de la ville entière.
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Le rhinocérsos avait gagné le large et toi avec lui dans le bateau et dans ce clair obscur grisâtre presque lactescent. La surface de l’eau bougeait à peine, la couleur de la coque se confondait avec celle du ciel, aussi celle de tes cheveux. L’oeil de la bête sauvage peu mobile (il ne s’agissait point de l’oeil d’une mouche et il était qui plus est de carton pâte) semblait te regarder en coin alors que tu pagayais dans un rythme lent. Au moment de t’éloigner, tu avais même parlé des délices du lait de la bête ! Le film était presque fini, le monstre était à présent innofensif après tout ce qui l’avait précédé d’horreurs et de peurs, de chutes dans les abymes où s’étaient retrouvés à bord du bateau bombardé des réfugiés exilés d’une terre lointaine (la Serbie) semblant ressurgir d’un passé récent, bien trop sauvage. A présent, seule la drôlerie de la carapace solide et noire de l’animal contrastant avec le décor évanescent et liquide, sa corne pouvant laisser voir se dessiner les contours d’autres animaux d’anciens bestiaires dont le rhinocéros annoncait la vraie descendance ? Cela, bien après que l’un des premiers spécimens connus de nous avait voyagé des Indes au Portugal puis en direction de Marseille (des iles du Frioul) et de l’italie où selon les dires il s’était échoué ; après avoir été décrit auparavant par Pline puis si finement portraituré par Durer. Je me disais : Si ta peur avait été aussi ancienne, aurait-elle pu, elle aussi, être dessinée ?