1 | DU MONDE
Pas question de les croire ceux qui avaient tellement promis en 2023 en Gironde dans les Landes une base de canadairs, d’hélicoptères, des moyens de luttes contre les feux pas question de les croire
Exigez exigez un autre modèle économique décroissance plus le temps plus le temps plus
2 | LE RÉEL, LE RÉEL, ENCORE LE RÉEL
C’était un moment bien particulier dimanche en fin d’après-midi vers 17h00 dans le train à une vingtaine de kilomètres au sud de Bordeaux. Dix-sept heures. Ce devait être encore le plein jour. Dix-sept heures, je lève le nez de la lecture, en regardant par la fenêtre, une drôle de sensation. Comme si c’était le moment bien précis juste après le jour juste avant la nuit. Effet combiné des méga feux des Landes et de Gironde, le ciel et les nuages lourds de la fumée crachée par la forêt en feu depuis quatre jours. Anthracite les nuages, gris-nuit coloré de jaune. Une triste et angoissante impression de fin du monde.
3 | ÉCRIRE AVEC CLARICE LISPECTOR
– vont nous refaire le coup des masques du confinement faut pas sortir trop toxique suis allée à la pharmacie d’à côté ce matin pas encore livré mettez les masques du covid ils m’ont dit sûr que ça sert à rien
– toujours mieux que r….
mais elle m’entend pas, on est dans l’ascenceur quatrième étage
– Suis allée dans une autre pharmacie vous savez avenue d’Arès les avaient reçu le matin en donnaient deux par personne sont tellement fin à mon avis les particules passent à travers gratuit mais pas efficace et pour les enfants vous en avez je leur dis ceux pour les adultes sont trop grands non il me dit le pharmacien faites un nœud il ajoute. Rien pour les enfants c’est pas croyable trop de mots pour étouffer l’angoisse
L’ascenseur arrive au rez-de-chaussée. Et vous, vous allez comment, pas trop d’odeur de fumée dans votre appartement ?
4 | DE SOI-MÊME, ET D’ÉCRIRE
Au festival Voix vives de Sète la poète Marie Huot lit des pages de son recueil en cours d’écriture, l’histoire de Blanche. Pour ressentir dit-elle, comment ses textes vont raisonner face au public, face à la ville pleine de mots, de poésie pendant sept jours . A une question, il sortira quand le livre elle répond je ne sais pas, dans plusieurs années,. Blanche elle va encore m’accompagner longtemps, la lenteur caractérise mon écriture, je le lis, relis, peaufine, réécris, avance le récit en prenant le temps.
Je pense à Léonie qui m’accompagne depuis plusieurs années. Réapparaît dans un texte sans lien évident avec le sujet. J’écris sur les nuages et paf elle apparaît. Je pense que ce projet est trop difficile, l’écriture sur un personnage qui vit un moment historique. Trop de recherche. La petite histoire d’un personnage face à la grande Histoire. Celle de la guerre. Pas prête. Ou alors peut-être que ce sera là que le texte devra être saisi. Ecrire le journal ses recherches.
Mais pourquoi Léonie, revient-t-elle régulièrement dans les textes ? A l’insu de la narratrice ?
Journal des recherches à partir de textes écrits lors de l’atelier recto-verso
J’ouvre le tiroir de mon bureau attrape la petite boîte dans laquelle sont précieusement rangées la photo de Léonie et une longue lettre écrite de sa main.
Léonie a 15 ans, le 28 Août 1915 elle écrit à une amie, depuis l’Hôtel Beau-Séjour de Cannes. Elle écrit, tu me pardonneras d’avoir écrit si fin mais c’était pour t’en dire plus. J’en ai un livre à t’écrire, mais voilà déjà 4 pages. Elle est à Cannes avec Madame Carnot, la femme du Directeur des filatures en laine peignée et tissage Garnier-Carnot, de Pontfaverger – le village natal de Léonie. Dans sa lettre, Léonie évoque ses occupations à Cannes, les travaux à la lingerie, repasser ou raccommoder le linge, cela passe le temps, dit-elle. Elle donne des nouvelles de ceux qui sont restés au pays, Pontfaverger, un petit village de la Marne.
Après la découverte de cette lettre, je surfe sur internet, essaie de comprendre. Pourquoi Léonie est-elle à Cannes en 1919 ? Je découvre que la Côte d’Azur est terre d’accueil des exilés pendant la première guerre mondiale. Par petites touches l’histoire de Léonie, de madame Carnot et des milliers de réfugiés se dessine : ils ont fui les zones de combats du Nord et de l’Est de la France. Je découvre sans surprise que la première vague de réfugiés à partir en 1914 est composée de familles bourgeoises ayant les moyens de financer leur départ et leur installation sur la Côte d’Azur.
Léonie écrit dans sa lettre qu’avant son départ, ils ne mangent plus à leur faim, les habitants du village n’ont plus qu’un quart de pain par personne et par jour ; de toutes les vaches qui restent dans le pays, une dizaine est réquisitionnée par les allemands.
Je poursuis frénétiquement mes recherches sur internet, je découvre sur la « Liste de Rapatriés civils français », la présence à Genève le 20 avril 1915 de Léonie Denizet et Camille Carnot. Passées par Genève pour rejoindre Anemasse et subir des interrogatoires longs et précis de la part de militaires français qui cherchent à récolter des informations précises sur les positions allemandes et leur organisation au sein des territoires occupés.
Léonie a 18 ans, dans le courant de l’année 1919. Elle regagne son village natal. Traverse des villages et des paysages détruits par les combats et les pillages de l’armée allemande. Sa famille est toujours en vie, en mauvaise santé suite aux quatre années de privation. La ferme familiale a été détruite pendant les combats, la famille vit dans un baraquement.
Léonie a 20 ans sur la photo. Une photo entourée d’une marie-louise ovale jaunie et tachetée de marron. Joues saillantes, l’air décidé. Vêtue d’une robe sombre avec une collerette blanche, un ruban de velours noir autour du col, de longs gants blancs sans doigts.
A vingt ans elle a déjà tellement vécu, on le lit dans son regard.
Léonie a vingt-deux ans, brusquement quittée par l’homme qu’elle doit épouser. Elle se jette dans la rivière qui coule derrière la ferme. Son corps est retrouvé quelques jours plus tard.
Un entrefilet dans un journal trouvé sur internet livre une histoire toute différente : Très souffrante des privations endurées durant les quatre années d’occupation ennemies, Mlle Léonie Denizet, 22 ans, de Pont-Faverger (Marne) s’est noyée dans un accès de neurasthénie. L’Ouest-Eclair – 8 avril 1923
5 | À VOUS LA CANTONADE
Tenir entre les mains les livres de poésie pour voir le monde différemment pour poursuivre la lutte autrement et rester debout
Tenir collection de photos de nuages rêver en regardant le ciel pour rester debout
Tenir les fenêtres ouvertes aérer tant que les températures sont fraîches odeurs prégnantes de fumées chanceler en écoutant les nouvelles tenter de tenir debout
Tenir journal des collectes de livres poèmes textes documentaires podcast sur le thème des nuages eux allongés dans le ciel moi pour mieux les observer debout
Tenir debout l’écrire à l’infini