#chroniques #07 | Sous le pavé la plage?

1/ Je dis oui au monde parce que les graines sont VRAIMENT capables de fissurer le béton.
(Quand certains anciens disaient sous le pavé la plage, c’était moins sûr, mais total respect bien sûr.)

2/ Supposons que le message ne soit pas arrivé, comme celui de Juliette à Roméo, ce qui est vrai. Supposons que le portable ait été volé et que l’enfant ne connaisse pas de numéro par cœur, ce qui est vrai. Supposons que la traversée de la Méditerranée dans des embarcations précaires ne permette pas de communiquer, ce qui est vrai. Supposons que le portable tombe dans une grille d’égout à l’étranger au début d’une soirée, ce qui est vrai. Supposons qu’un humain en détresse ne puisse joindre un autre humain mais seulement une boîte vocale, ce qui est vrai. Supposons tous les quiproquos malentendus erreurs de numéro menant à de multiples confusions néfastes, ce qui est vrai. Supposons que les satellites se délitent et que les câbles sous-marins soient coupés, ce qui sera vrai.

3/ Et puis il y a cette immense salle de spectacle à balcons et bars tout en bois peuplée de vikings pacifiques telle un ancien vaisseau sur la voie d’un avenir nouveau
Et puis il y a des parcs à bancs de brumes et écureuils noirs, où les grands arbres maintiennent à l’ombre la pâle lumière du nord sur des bancs vides et gorgés de pluie
Et puis des magasins minuscules où l’on vend trois fois rien quelques carottes et des bouteilles dont l’arrière-boutique sert de logement et la cave de chambre
Et puis l’eau l’eau toujours l’eau les interminables quais pavés du port de marchandises où depuis l’antiquité les voyageurs et commerçants du monde ont leurs adresses, les canaux les maisons colorées les rues mal famées les marins les échoués de toutes sortes cherchant la fortune et trouvant l’infortune
Et puis l’amant numéro un débarquant dans la boutique de l’amant numéro deux en faisant tinter la clochette et l’autre l’accueillant durant des mois parce que Hambourg c’est ça, un carrefour.

4/ Supposons que nous soyons capables d’accueillir n’importe quel humain ce qui n’est pas vrai. Supposons que le temps soit suspendu ce qui n’est pas vrai. Supposons que maintenant soit ailleurs et autrement ce qui n’est pas vrai. Supposons que tu rencontres ton double avec lequel tu serais dans la complétude ce qui n’est pas vrai. Supposons que la mort soit douce et que la vie soit paisible ce qui n’est pas vrai. Supposons que l’on soit capable de faire toujours le meilleur choix ce qui n’est pas vrai. Supposons que l’instant présent soit totalement limpide ce qui n’est pas vrai. Supposons que des droits et des devoirs ce soit clair pour tout le monde ce qui n’est pas vrai. Supposons que tous les hommes naissent libres et égaux ce qui n’est pas vrai. Supposons que demain soit meilleur qu’hier on ne sait.
Supposons les arbres, les gosses et les baleines bleues.

5/ Inversion
Ce qui rend l’écriture sur un paysage de vacances difficile c’est l’absence récurrente de vacances
Ce qui amène à la question du devoir filial envers les ascendants qui prend le temps et l’argent des loisirs donc des possibles vacances
Ce qui oblige à écrire sur des vacances imaginaires par exemple sur une île sans voitures dont nous pourrions faire le tour à pied en un jour et donc nous approprier le temps et l’espace
Ce qui nous dit que vacances impliquerait dimensions à la seule échelle du corps, de ses jambes et de ses bras, ni vélo ni trottinette ni calèche ni voiturette tirée par un âne
Ce que révèle l’île aux pins plages promenades au phare et petits bateaux à voile, c’est un endroit dont l’envers tout près sur la mer serait l’âpreté des îles à forts et à rochers dans le mistral en hiver
Ce qu’est le délice de marcher sur un chemin sableux dans une forêt de chênes verts d’où parfois  entre deux branches on voit le bleu roi de la Méditerranée  sans rencontrer d’agneaux gardés par des Patous en liberté ni de loups en meutes importées
Ce qui nous amène au sentiment de liberté et de sécurité qui caractériserait l’idée de vacances, celle d’un môme qui peut courir et vaquer sous une surveillance très relâchée
Ce que serait le rêve du môme d’aller seul explorer l’île son jardin secret avec grotte et fontaine les ruelles du village l’escalier du clocher les carrés de vigne les sentiers de maquis les rochers  les petits bois et les plages cachées
Ce que serait le retour écorché affamé mais heureux de raconter la liberté
Ce qui me dit que ces vacances sont fiction car on ne lâche plus mômes et il y a eu inversion : l’ancien réel est devenu fiction et l’ancienne fiction devenu réel
Ce qui me dit que s’occuper des ascendants depuis la nuit des temps ça n’a pas bougé

A propos de Valèrie Mondamert

J'anime des ateliers d'écriture dans les Alpes de Haute-Provence depuis 20 ans, (DU d'animateur en atelier d'écriture en 2006, à Marseille), je suis prof de musique et je mêle avec joie les deux fonctions. J'ai publié des récits.

Laisser un commentaire