#chroniques #6 | junk food

1 | du monde

la force d’observer le lever du jour
au-dessus les troubles terrestres
la force de regarder le monde s’émietter
de jour en jour
et puis, dans ce contexte décadent
apprendre à s’élever
encore et encore

2 | le réel, le réel, encore le réel 

In-N-Out, Burger King, McDonald’s, Five Guys, Shake Shack, Dunkin’, Taco Bell, Wendy’s, Chick-fil-A, KKC, Domino’s Pizza, Subway, Pizza Hut, Starbucks, Denny’s, IHOP, Jack in the Box, Carl’s Jr, Red Robin Birger, Eggslut, Super Duper Burgers, Arby’s, Wienerschnitzel, Potbelly, Earl of Sandwich, El Pollo Loco, Jimmy John’s, Walmart, Whole Foods Market, etc. Manger, manger, manger ! Manger jusqu’à l’écœurement, jusqu’à la rupture. Sur la route, on croise une multitude de Quick Service Restaurants dont la plupart des enseignes nous sont connues, mais le challenge est de sortir le plus possible de cet engrenage facilitateur et de privilégier les anciens diners, ceux qui ont résisté à la puissance des fast-foods. On en trouve encore sur la Route 66. Mais avant de quitter Chicago, deux stops obligatoires : au Miller’s Pub pour déguster les meilleurs ribs au monde, I’m not kidding ! puis avant de prendre la route, c’est un arrêt obligé au célèbre Lou Mitchell’s, départ symbolique de la 66. Après les cartes de menus s’enchainent, The Joliet Route 66 Diner, Charlie Parker’s, Chili Mac’s Diner, Missouri Hick Bar-B-QUE, Flo’s, Tally’s Cafe, The Big Texan Steak Ranch, 66 Diner, Twin Rocks Cafe and Grill, Butterfield Stage Co. Steak House, Cruiser’s Cafe 66, Crossroads Cafe, pour la plupart. Manger implique des découvertes. Manger permet de se plonger dans des ambiances différentes. Manger permet des échanges. Manger fait renaître ici le mythe américain. Manger redéfinit les décors. Manger c’est comme une aventure, une aventure dans l’aventure. 

3 | écrire avec clarice lispector 

en attente

4 | de soi-même et d’écriture

Durant cet atelier, au-delà de la proposition elle-même, je m’impose une trame. Relier les propositions à mon projet d’écrire sur la Route 66. Road trip de l’été 2022. Retrouver à travers les notes, les photos et les souvenirs, l’essence même de ce voyage.

Les mots me manquent. Après quatre semaines de trajet et plus de 4 000 km entre Chicago et Santa Monica, nous arrivons en vue du panneau Route 66 qui marque, pour nous, la fin de la route 66. Sur le ponton, il y a foule. Certainement pas la même foule qui, dans les années 30, s’entassait dans des camps de travailleurs sur le territoire californien pensant trouver une meilleure vie dans les vergers et autres exploitations. C’était la période de l’exode des Okies, ces fermiers ruinés de l’Oklahoma et des Grandes Plaines des états voisins. Ils pensaient fuir le Dust Bowl, la Grande Dépression et n’ont trouvé que la misère. Cette foule que j’observe aujourd’hui me semble dérisoire, surfaite, artificielle. Chacun tente le selfie devant le panneau ou se fait photographier en couple ou en famille, larges sourires figés pour l’occasion. Aucun d’eux n’en arrive. Je me sens comme groggy, décalée, avec une envie folle de quitter le lieu, fuir cette « mascarade » qui me donne presque la nausée. Ma déception est à la hauteur de mon engouement pour ce projet. Et pourtant, je le connais bien ce ponton de Santa Monica pour l’avoir foulé plusieurs fois avant d’envisager d’y revenir en ayant accompli ce rêve. Il me semble aujourd’hui dénué de sens. Je n’ose imaginer ce que ces fermiers trahis par les prospectus de propagande ont ressenti à leur arrivée dans l’Ouest. Dépossédés de tout leur bien, ils attendaient des jours meilleurs entassés dans des camps dépourvus de la moindre humanité, en attente d’un travail journalier insuffisant pour nourrir toute leur famille. Au-delà de l’attrait et du symbole de la route 66, je n’ai pu m’empêcher de penser à eux tout au long de la route depuis Oklahoma City, même si la 66 revêt d’autres images. Cette foule, ce jour, je l’ai ressentie comme dérisoire, intrusive et inappropriée, mais comment aurait-elle pu le savoir, elle qui rayonne sous le soleil californien ?

5 | à vous la cantonade !

La route d’une vie

Le souvenir de la route d’une vie

L’expérience du souvenir de la route d’une vie

La trace de l’expérience du souvenir de la route d’une vie

La réalité de la trace de l’expérience du souvenir de la route d’une vie

La vision de la réalité de la trace de l’expérience du souvenir de la route d’une vie

Le ressenti de la vision de la réalité de la trace de l’expérience du souvenir

La sensation du ressenti de la vision de la réalité de la trace de l’expérience

Le rappel de la sensation du ressenti de la vision de la réalité de la trace

L’activation du rappel de la sensation du ressenti de la vision de la réalité

Se souvenir de l’activation du rappel de la sensation du ressenti de la vision

Puis annuler de se souvenir de l’activation du rappel de la sensation du ressenti

A propos de Dominique Estampes Paillard

Un jour, j’évoquerai l’ici et l’ailleurs de mon existence, j’écrirai ma fascination pour le silence des mots, je dénoncerai l’emprise de mes gènes sur les terres lointaines, je dévoilerai mon doute quotidien, j’évoquerai l’élégance de ma ville de « bord de l’eau » et encore plus mon coup de foudre pour NY, je partagerai ma passion pour l’image, la photographie, je rigolerai devant mes grains de folie, je révèlerai les nuits blanches à écrire, à lire, je dénoncerai le manque de souvenirs de ma ville natale, Casablanca, je ferai la liste de tout ce qui aurait dû, de tout ce qui aurait pu, mais encore plus de tout ce qui a été tout en me délectant du présent. Un jour, peut-être. https://unmondeauboutdurivage.com https://www.instagram.com/hoalen64/?hl=fr

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