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Premier jour
Je marche pour que demain existe
Je marche pour réveiller mes nuits
J’aurais pu lui dire ces phrases jaillies du sable sous mes pas
J’aurais pu lui dire ces phrases dans le silence de la mer à marée basse
Je l’ai croisée, elle aussi elle marchait.

Deuxième jour
Je marche pour que demain existe
Je marche pour réveiller mes nuits
Je l’ai croisée, j’ai attardé mon regard
Il me semble avoir croisé ses yeux.
J’aurais pu m’arrêter, elle aussi marchait
Nous étions deux silhouettes à l’horizon de la mer sans vague sous nos pieds

Troisième jour
Je marche pour que demain existe
Je marche pour peut-être aujourd’hui enfin oser lui parler
Je l’ai devinée fragile, menue, habillée des matins des marins
J’aurais pu ralentir mes pas, elle revenait, moi j’allais

Quatrième jour
Je marche pour qu’aujourd’hui existe
Je vais lui parler pour que sa voix soit enfin
Elle est à l’horizon, elle est au lever du soleil
Elle est ce matin qui réveille ma nuit
J’avance vers elle, elle avance vers moi
Nos pas sont dans le sable, la mer à marée basse, les bateaux sont à l’arrêt

Je lui dis bonjour, je lui dis que cela fait plusieurs matins que j’espère lui parler.
Elle a les yeux clairs les paroles de son âge. Elle marche et nage avec la marée. Elle est irlandaise, Elle est hébergée dans un petit hôtel où les gens sont très gentils. Elle a été très malade.
– Mon mari me manque. Je suis veuve. Nous nous étions rencontrés au bord d’une piscine, il était de l’autre côté, il m’a dit je suis citoyen du monde et nous ne nous sommes plus quittés.

Elle me parle de sa vie, je pourrais lui dire que la solitude est aussi avec les vivants mais elle habite la sienne dans le silence de l’absence.
Elle me dit d’autres femmes ont perdu l’amour de leur vie, je sens leur compassion, leur énergie positive au delà des océans. Nous nous accompagnons par la pensée.
– Je m’appelle Alana. En Irlandais cela veut dire juste. Et toi quel est ton prénom ?

Comme moi elle croit au pouvoir de la pensée, à l’énergie positive de l’univers. Je suis heureuse du tutoiement. Je lui dis Marie. Alors elle joint ses mains vers le ciel.
– Marie, oui ça ne pouvait pas être un autre prénom.
Elle ajoute, moi aussi je t’avais devinée.

Je lui dis que mes vacances se terminent demain. Elle est là encore quinze jours.
– Ce sont des amis qui m’ont conseillé cet endroit. Ils m’ont dit, tu verras là bas tu seras bien.

Nos mots et nos gestes s’embrassent dans une tendre complicité à l’unisson des merveilles de l’univers dont nous nous réjouissons.
– Tu es menue comme moi, nous sommes pareilles.

Nous nous quittons, elle part de son côté, moi du mien, nous nous retournons, nous nous saluons jusqu’à plus nous voir. Déjà la mer dévore le sable, les bateaux tanguent, nos pas sont effacés.