
Martha Graham Lamentation 8 janvier 1930 New York.
Pas
secs, incisifs, pointus, vifs, austères, raides, martèlent le sol avec force, respiration courte haletante, corps en contraction violente sur un fil à la limite du déséquilibre si proche de la chute, les pas brisent les dialogues, déconstruisent chaque mouvement, les pieds frappent l’air ; des sons très courts, nets, sans fioritures, sans douceur, sans préambule résonnent en suivant les cycles d’une horloge imaginaire, claquements des paumes de mains à intervalles réguliers, la silhouette rassemble toute l’énergie du souffle au centre dans le bas ventre et relâche, une place de béton grise dévoile son nu,
Pause
Torse
en spirale danse viscérale, dramatique, virtuose, érotique, respiration haletante, ouverture du bassin, dissociation, engagement extrême du corps à partir du torse, il s’entortille, s’enroule autour d’un fil métallique comme une dentelle brodée par des fuseaux en mouvements mécaniques, le corps sculpté enfermé par le métal s’évade en contorsions lentes, douloureuses, utilisation du fil comme partenaire, le corps joue avec la tension et la souplesse, il s’y accroche, s’y agrippe, l’étreint, se retourne, se détourne, se débat jusqu’à rencontrer sa liberté gestuelle, marcher sauter courir en diagonales sur une place grise,
Pause
Mains
expressives se saisissent du vide, poussent, repoussent un carré ferraillé de béton, géométrie du lieu, de l’air, de l’inconscient, mouvements désordonnés, fixation perceptible du regard tendu de l’intérieur, mains en pleurs tournées vers la Vie, sensations de vide, les muscles se contractent et se relâchent, fluidité de l’instant, grâce,
Pause
Corps
douze en représentation abstraite changent de positions dans l’espace, croisent des lignes imaginaires brisées, en courses circulaires rapides sans concession corps centrés, respiration oppressante, opposition des forces, ils se cognent, s’évitent, se regardent, face à face se dévisagent, se détournent, s’appellent, se fuient s’embrassent, se caressent, se repoussent, s’agenouillent, se couchent sur le carré en béton de la place nue, se relèvent en une fuite éperdue, corps saccadés, respiration haletante,
douze corps s’envolent,
Silhouette
menue au centre du béton gris bras tendus vers l’absence, gestes amples, positions expressives, stylisées, déplacements continus, impulsions, suites de mouvements organisés, enchaînements normatifs, formes codifiées, mouvements de va et vient, pulsations progressives, rupture, transition, dans l’espace corps à l’arrêt, poitrine contractée la colère explose,
bouche pâle, cris, tourments ; amour, haine, vengeance,
seul, son corps fragile,
Pause
Gestuelle
d’une silhouette entièrement recouverte d’un long tissus violet élastique, son vêtement est un tube, seuls son visage ses mains ses pieds affleurent telle une seconde peau, figures implicites d’amants fusionnels, prison et suaire entremêlés, déplacements du corps, plongée dans l’espace ; debout sur un banc de béton dans le nu à peine voilé de la place désolée, ses mouvements sont contraints, contenus, circonscrits, censurés par le tissus, ils révèlent la matière expressive, refusent la fixité, l’immobilité, transforment les émotions, les perceptions en quête gestuelle, font surgir le deuil, la douleur, la tristesse universelle,
dans le gris de cet espace confiné, la silhouette menue dévoile à une place grise le miroir aride de sa solitude,
Pause
Déconcertants, les rires légers, clairs, joyeux de deux enfants habillés de rouge traversent une place nue,