#construire #10 | deux c’est plus que zéro

Phyla (Mardi cinq heures – lundi quinze heures) Sortie en extérieur au petit jour ce mardi matin. Enfin au terme de ses transformations sa dernière métamorphose sans qu’elle sache depuis quand elle est née. Gratte une paroi désséchée jusqu’à la fendre s’extirpe avec précaution le corps complètement trempé tous les membres repliés. Attend que le soleil la sèche, décollage vers onze heures, ailes irriguées. Mercredi il pleut. Jeudi il fait beau. Voyage de fleur en fleur de branche en branche dégustation multiples. Vendredi rencontre avec lui parade irésistible acouplement discret. Samedi dépose tous ses œufs sur une feuille de bourdaine. Dimanche rien à signaler. Lundi rencontre fatale avec une araignée crabe.

Elie (1914 – 1964) Le berceau est loin du sol l’air chargé de particules . Cinq ans à genoux dans la poudre noire qui recouvre son monde trace avec les doigts des circuits pour ses voitures imaginaires. Huit ans poursuit ses jeux au bord des terrils, grimpe sur leurs flancs gris. Douze ans descend enfin dans le puits comme il en rêvait comme ses ainés découvre chaleur peur obscurité bruit nuage de poussière sombre et fatigue sans fin. Quarante ans corps trop abîmé pour le fonds transféré dans les bureaux premiers signes une toux qui persiste. Cinquante ans ses poumons silicosés l’abandonnent manque d’air définitif.

A propos de Isabelle Charreau

j’arpente plus facilement les chemins de terre que les pavés de la ville, je fréquente l’atelier pour le plaisir comme des gammes, sans projet de partition

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