1 Du monde
Écoute le silence, l’air qui tremble, la rivière qui se tait, la terre qui a soif…
2 des phrases toutes faites
Chi va piano, va sano / mais parfois, il faut courir pour attraper son train| Time is money/eh bien, on peut préférer le temps à l’argent| Faire feu de tout bois/et si le bois est humide, ton feu est foutu| Il n’y a pas de fumée sans feu/ fumée noire, fumée blanche et des cendres grises| Noël au balcon, Pâques aux tisons/et l’été sous la canicule| et toutes les prédictions usuelles de météo, de pluie, de neige, de verglas qui dérapent, l’orage et la pluie qui n’arrivent pas jusqu’ici, et comme dit le jardinier sans prendre de risques, froid en novembre, Noël en décembre…
3 Un rendez-vous d’enfance
Ah, les dimanches ! En famille. Tous ensemble. Dans le cocon tout doux. Cadre serré, limites posées, obligation, jusqu’à la révolte passive plus tard. Tous ensemble. Pendant l’enfance. Pendant des années. Tout un programme. Départ pour la messe à 9 heures, les enfants devant, pressés d’être à l’heure pour ne pas se faire gronder par le curé, les parents cheminant tranquillement en retard sur l’horaire, arrivant pour le sermon ou même peut-être à la fin du sermon, pas grave, ils sont adultes. Lumières, chant, orgue, étincellement des ors baroques, déferlement d’émotions ou d’ennui. Retour à la maison. Petit déjeuner du dimanche. Nappe blanche du dimanche, tasses blanches décorées d’un filet doré, gâteaux du dimanche, roulés aux noix et au pavot qui attendent sur une jolie assiette d’être découpés, odeur délicieux de café arabica de Colombie, noir dans les tasses blanches, et là-dessus un chapeau blanc neigeux de crème Chantilly. Échange informel autour de la table, bilan de la semaine, prévisions, questions et réponses, propos et conseils. Les grands écoutent, les petits s’esquivent discrètement. A la fin, on sort en ville, l’entrée des musées est gratuite le dimanche, et il y a tant de musées dans cette ville, tant à découvrir, avec des tableaux, des histoires sur la ville, sur des peuples étrangers, sur les dinosaures, sur la technique, sur les horloges, sur…Le père est passionné, les enfants le seront aussi. Les dimanches passent et se ressemblent. Qu’est-ce qui reste ? Le goût des musées, l’odeur du café, et la douceur de la Chantilly…
4 La reine
Elle n’est pas grande, plutôt un peu ronde, vive, avenante, brune, des yeux verts de chat, rieurs, mais pas tout le temps. Parfois il y a de l’orage, et on ne sait pas d’où il vient et comment l’éviter. Elle est forte de caractère, décidée, elle gère, elle maîtrise son travail, son but, créer une famille et la mener à bien. Elle sait ce qu’elle veut, elle sait ce qu’il faut faire, elle ne doute pas. C’est bien, la situation est claire. Pas besoin de se poser des questions, c’est ainsi, c’est tout. Elle vise le bien de toute la famille, elle en est la reine qui règne avec douceur et fermeté. Elle a souvent raison, la reine, mais c’est si péremptoire, si indiscutable, la voie est si droite, et c’est celle-là et pas une autre. Cela fait réfléchir, en secret, pas de révolte surtout, et la liberté est au prix d’une soumission totale. Elle est considérée, la mère, elle rayonne, elle est solaire, mais parfois, on est tout près d’une insolation affective. L’amour est là, indéniable, le cocon aussi qui étouffe un peu, on se love, puis on gigote, on pédale, on étire, on pousse, on émerge et un jour, on s’en va
5 Pieds nus
Ce sont mes plantes de pieds nus qui gardent les mouvements, les lieux, qui ont marché dans la terre, les ruisseaux, le foin frais coupé, qui ont foulé les sables blancs, dorés ou noirs, qui ont marqué des traces dans le goudron fondu des rues écrasées de la chaleur d’été, qui puisent leur force dans le sol. Pour le reste, c’est la tête qui garde les souvenirs, c’est le cœur qui absorbe les émotions, ce sont les mains qui se rappellent les touchers, les doigts qui essaient de conserver l’agilité de l’enfance, le corps entier marqué par les aventures de la vie…