Introspection par le verbe

J’ai ouvert les yeux. J’ai commencé à découvrir le monde. J’ai écouté, senti, babillé, souri, goûté, craché, crié, pleuré. J’ai tenté l’équilibre et suis tombée et retombée sur mes fesses. J’ai fini par savoir marcher. J’ai très vite aimé la mer, la brise et le soleil sur la peau. Les carottes cuites mais la soupe quand elle est mixée. J’ai adoré apprendre à lire et j’ai très vite aimé farfouiller, découvrir voire rechercher les réponses qu’on me refusait. J’ai éduqué mes oreilles. Ai commencé à faire de la musique. À la lire, à la faire avec mes doigts mais aussi à la chanter. À la pianoter, la bachoter, la solféger et la partager. Je me suis amusée avec elle, ai beaucoup travaillé, pleuré mais aussi respiré. J’ai connu de grandes envolées. J’ai eu peur mais je me suis aussi exprimée. La musique m’a habitée. J’ai écrit des poèmes pour le raconter. Puis des lettres pour te parler. J’ai écrit, écrit, combien je t’ai écrit car je ne savais pas parler. Je me suis sauvée par les mots. Alors j’ai fait des lignes de mes chagrins, puis de belles lettres pour apprendre à écrire autrement. Alors j’ai acheté de beaux papiers tissés, fait main. Alors j’ai rencontré des papiers qui m’ont émerveillé. J’ai aimé le son des calames, des plumes et de tout ce que j’ai pu essayer, ce son des pleins et des déliés qui chantent sur le papier. J’ai changé, le temps du taire était définitivement oublié, clos, fermé. J’ai chanté alors autrement les mots à force de les avoir écrit, dessiné. J’ai découvert la force de la multiplicité. Je me suis amusée à découper les textes, les papiers. Et plus je découpais et plus je devenais une, moi. J’ai connu des hauts et des bas. J’ai tenu la dragée haute aux difficultés et au temps qui passe. Découvert le silence des mots du chant intérieur. Apprécié le temps qui passe et qui apaise. J’ai tourné des pages, perdu des illusions, découvert mes premiers cheveux blancs et souri à ma solitude. Ai résisté, pensé, me suis nourrie grâce à des livres lus et relus. J’ai rencontré mon regard. J’ignorais que j’en avais un. J’ai appris et aimé apprendre à photographier. Me suis charmée et perdue aux travers de reflets. J’ai apprivoisé la profondeur de champ, ai exprimé des flous, suis devenue plus nettement encore multiple. J’ai chanté au travers de mon œil et j’ai décoré des mots habités par des images. La musique en a été encore transformée. J’ai regardé les nuages d’un œil neuf, continué à écrire encore autrement. J’aime toujours chanter, écrire, la mer, le ciel, le vent et le soleil sur ma peau. Je suis née de nouveau. Ai redécouvert le monde. J’ai écouté, senti, souri, goûté de nouveau. J’ai tenté l’équilibre et suis tombée et retombée sur mes fesses. J’ai fini par savoir marcher.

A propos de Cécile Camatte

Musicienne professionnelle, j’écris et je photographie à mes heures trouvées.