Œil intérieur, mon silence

Devant elle les champs de thym et de lavande     terre aride où se courber     terre à cailloux semée de chênes verts     clocher toits orangés voie ferrée     et comme surgie d’une mer lointaine     la grande montagne pelée et les rêves d’ascension           y accrocher ses désirs     les secrets désirs de départ     désirs de vie intense     passionnée     fichés au plus haut du bleu du ciel     comme un fanion planté     le témoignage de sa décision     traverser les terres gravir la pente     à la sueur de tout son corps engagé    la montagne     sa vie déroulée devant elle     âpre     mais quelle gratitude au bout du compte     pour ce qu’elle en avait conquis          montagne barrière entre deux mondes     comme les deux temps de l’enfance et de la vie d’après     n’est-ce pas la ligne fine d’une ancienne draille là-bas ou ses yeux lui jouent-t-ils des tours     et sur le sentier escarpé elle entend le silence maintenant que plus une brebis ne grimpe     le silence porté par le mistral     et les échos de la vie d’en-bas     le silence de la fleur de l’arbre du caillou     tandis qu’à ses pieds sous son regard     glisse un lézard entre deux pierres     vif comme la pensée     dans le soleil ardent     et en elle la chaleur de la pierre chauffée

A propos de Marlen Sauvage

J'anime encore quelques ateliers d'écriture, ai contribué un peu au site des Cosaques, https://lescosaquesdesfrontieres.com/category/cosaques/marlen-sauvage/ et publie régulièrement sur mon blog https://les-ateliers-du-deluge.com

15 commentaires à propos de “Œil intérieur, mon silence”

  1. Oh, Marlen, comme je te suis, dans ta montée, entre thym et lavande, dans le bleu du ciel, dans le silence des hauteurs, dans le soleil ardent… Merci!

  2. J’aime ce texte dense et ce qui en fait le centre : « traverser les terres gravir la pente à la sueur de tout son corps engagé la montagne sa vie déroulée devant elle âpre mais quelle gratitude au bout du compte pour ce qu’elle en avait conquis  » où le corps et la montagne se confondent.

  3. dense oui, mais pas tant, plein d’air aussi et pas uniquement à cause des blancs mais il y a l’air en montant

  4. … bien douce à l’intérieur, la chaleur de la pierre chauffée… et le corps engagé tout entier sur les pentes de pierre, tout ça me parle tellement !…

  5. Moi aussi je respire bien là-dedans… je suis sur le chemin escarpé et je sens à la fois le silence de la fleur et la puissance du caillou… merci Marlen pour cette vision céleste enrichie du désir de vivre…

  6. Irrésistiblement embarquée dans cette ascension… « et comme surgie d’une mer lointaine la grande montagne pelée et les rêves d’ascension » . Les parfums la perception du lointain, l’aridité, le silence… Tellement beau !

  7. Je suis intriguée par cette draille, l’emprunterais bien pour voir où elle mène. Merci pour cette nature qui manque tant, et l’air qu’on y respire, merci pour cet engagement.