#photofictions #08 | Une barque

Photo 1- IZAJAYA
Près de la mer, je suis seule à prendre ce sentier qui grimpe de la montagne. Sous mon pied sont des roches crayeuses. Je ne les vois pas, mais le livre guide a le dis. C’est le temps du repas, après une porte modeste d’un IZAJAYA, il y a une seule table. Je m’assois, dans une de deux places au milieu de la beuverie.
Une barque, jetée dans l’île. Personne ne paraît s’en aviser.


Photo 2- PLAGE
La tendresse de la mer cède des millions petites lueurs sur le noir. L’illumination de la lune errant, bondit sur l’eau. A la plage, je vois une femme à 20 m, d’instinct, elle est chinoise. Elle se déshabille, et cachée par l’absence de lumière. J’ai tout vu.
Une part de pizza se glisse dans ma bouche, pizza-huître. La tête de la femme se diminue en un petit point, se flotte vers le plus loin. Même si, celui- que nous mangeons dans la bouche quotidienne, qu’il est un aventurier aussi, je me suis dit. Peut-être qui est venu d’un endroit plus loin que mon imagination. Qui a amené son errance du monde, son histoire écartée, par exemple une histoire d’ostréiculture.
Une barque, jetée dans l’île. Personne ne semble se rendre compte des ondulations.

Photo 3- IZAJAYA
—“ Comment interpréter que de nombreux Japonais viennent en France, apprennent la cuisine française et deviennent alors un chef français, mais pas au contraire?”
—“ Il existe des restaurants de ramen avec un cuisinier français.”
—“ Mais pas pour les plus raffinées, les plus hautes cuisines, comme celle de Kaiseki.”
—“Kaiseki est un véritable art .”
—“ Peut-être pour conquérir une culture dans son continent du milieu, de la façon la plus
intelligible, la plus épaisse, elle n’est que pour les indigènes.”
—“ Au fond, il n’est pas possible de se comprendre entre les différents autochtones, l’Est et l’Ouest. ”
—“ Mais, l’un est toujours étranger à de l’autre. ”
— “Regardez la peinture là. ”
Ils tournent, regardent du côté Est.
—“ Je pense que je n’arrive jamais comprendre une peinture japonaise et/ou chinoise classique. ”
—“ Peux-être elle ne souhaite pas être compris pour nous non plus. ”


Une peinture en soie de près de 45cm * 200cm suspendue au mur. Trois montagnes, un ruisseau, des chênes et des pins recouvrent une hutte, s’illumine à la bougie. C’est la nuit. Le regard passe à travers sa porte ouverte, un homme assis droit, se joint ses mains devant la poitrine en méditation. Les verts de mousses déconcertés dissipent les contours nets par une vieille brosse chauve. La nature murmure, l’homme avec un seul désir, s’engouffre dans le silence.


“ J’ai l’impression que cette peinture n’est plus qu’une peinture au sens européen. Ils en ont écrit beaucoup. L’écriture prend plus de place que l’image. Les mots sont mystérieux, on ne sais pas les lire. Il y a une distance difficile à parcourir pour l’art asiatique, même avec une interprétation dans le vitrine du Musée Cernuschi. ”
—“Incompréhensible ne m’empêche pas de la contempler. Je ne comprend pas une montagne, mais je l’aime. ”
—“Pour comparer peinture, cuisine, dégustation est plutôt une porte plus facile pour un étranger.”
—“Affecter les cinq sens aisément.”
—“Et tu pourrais collectionner un travail diététique tous les jours…”
……

Une barque, jetée dans l’île. Personne ne paraît remarquer que la moindre ondulation qui se forme quelque part finit toujours par atteindre d’autres rivages.

Photo 4- PLAGE
Je me réveille avec la pendule sonnant six heures sur la plage.
J’ai porté une robe de nuit noire et une large tunique de soie rose ornée de broderies. Un t-shirt blanc inconnue m’a recouvert. Mon livre “ l’histoire de la théorie de la calligraphie chinoise ” s’étend sur le côté gauche de mes cheveux, ci-dessus, quelques pages éparpillées pressées par des galets. Je cherchais autour pour une réponse, la plage vide, la mer vide, les roches vides. Qui?Une feuille fugueuse montre une image écrit par Ouyang Xun du 7è siècle en total 78 mots, une calligraphie dans le genre des événements historiques. Qu’un jour Confucius s’est réveillé dans une salle funéraire…
Une barque, jetée dans l’île. Personne ne paraît s’en aviser.

11 commentaires à propos de “#photofictions #08 | Une barque”

  1. Quelle étrange sensation que cette plongée de lecture ? Très sensitive, un goût iodé. Et très sereine. Bienvenue.

    • Merci JLuc 🙂 J’ai appris un nouveau mot IODÉ avec vous 🙂 Très heureuse d »avoir fait votre connaissance.

    • Exactement, l’ondulation c’était mon élément de départ. La structure de récurrence, j’était entraîné avec François Bon. Merci Nolwenn 🙂

  2. très beau. Mystérieux … « le livre à côté des cheveux, une barque jetée, la tête de la femme qui se diminue  » et ce goût des choses vues sur le bout de la langue

  3. Bonjour Loulou
    Quel beau texte, qu’on dirait calligraphié sur le rouleau de la nuit. Merci beaucoup !

    • Bonjour Fil Berger. Enchantée de faire votre connaissance. C’est très beau « calligraphié sur le rouleau de la nuit » ! Je le note dans mon carnet. Grand merci 🙂

  4. La saveur, saline, la poésie au fil du mouvement, de l’ondulation, qui crée sa part de mystère, lent, et le motif répété de la barque le long du texte, très beau.