< Tiers Livre, le journal images : 2021.09.22 | Cherbourg, bibliothèque, prison, souvenirs

2021.09.22 | Cherbourg, bibliothèque, prison, souvenirs

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Hier soir, le petit lien « autre date au hasard », ci-dessus à droite, je clique et me voilà lors de ce mini-stage de deux jours à la bibliothèque municipale de Cherbourg et c’est un très bon souvenir. On avait fait ça à Lisieux aussi. À cette époque, on invitait des auteurs dans les bibliothèques. Et puis la date ne colle pas, alors j’introduis le mot « Cherbourg » dans l’agenda du Mac et ça marche : 12 juin 2008. C’était même la deuxième fois, on avait déjà fait deux jours ainsi, un jeudi un vendredi, en 2004 et ça aussi le site en fait trace avec même en plus une lecture Rabelais dans le magnifique vieux théâtre attenant, j’étais content donc de revenir. Des gens solides, pour la plupart animant eux aussi des ateliers d’écriture, et une bibliothèque joyeuse et vivante. Mais c’était une drôle d’époque pour moi, je ne referais plus ça maintenant, c’est même des sueurs froides à regarder l’agenda en arrière : ce qui aurait pu craquer. Le mardi 27 mai, audition au ministère de la Culture pour le rapport Patino (publie.net j’avais lancé six mois plus tôt). Le mercredi 28 au Havre, je me souviens de l’hôtel, mais plus du tout pour quoi y faire. Le vendredi une conf à Orléans sur les ateliers d’écriture, à cette époque je n’étais pas tricard de la structure régionale du livre, ça devait être avec eux, et le samedi 31 Bruxelles, lecture de mon livre Bob Dylan aux Halles de Schaerbeek ça c’était si bien que je m’en souviens très bien, et aussi le lendemain de cet étrange voyage du dimanche de Bruxelles à Sélestat près de Mulhouse, le festival de Rodolphe Burger, où je retrouvais Vincent Segal pour une perf sur — cette fois — Led Zep, le livre qui sortirait à l’automne. J’étais à Bagnolet le 3 juin, bibliothèque aussi (atelier je pense), je me souviens très bien du 5 juin parce que c’était l’expo Richard Serra au Grand Palais et j’avais pu monter sur les toits (ça il y a des traces photo ici), puis le vendredi 6 atelier rue d’Ulm avec les Normale Sup. Après Cherbourg le 17 une journée livre numérique à la SGDL (ô temps si provisoirement prometteurs ! me souviens que c’était avec le directeur du CNL de l’époque). Enfin le 2 juillet on partait pour 2 pleines semaines à New York, l’indispensable New York la récompense. Ce qui explique que, toutes ces années, c’était toujours revenir à Saint-Pierre des Corps de n’importe où que tu sois, et les gares en général quand les villes encore dorment. Mais pour ce stage, c’est encore ce journal qui m’en donne la preuve, j’avais fait le trajet en voiture (sinon je ne saurais plus, ni que le lendemain il avait plu), ce journal encore qui me dit que j’ai fait des photos, donc celles-ci. Et que de ces deux jours à Cherbourg, les seuls souvenirs que j’aie sont ceux de l’intérieur de la bibliothèque, vaguement une balade le vendredi matin dans ce marché qui se tenait juste devant, avec ces camions qui vendaient de la grosse saucisse odorante, une réminiscence vague de l’hôtel, et qu’au retour l’équipe de la bib m’avait offert une plaque de rue : rue François Rabelais qu’ils avaient dégotté et subtilisé dans les réserves de la mairie et que je dois toujours avoir ici dans le garage. En mai il y avait eu 2 jours à Saint-Malo (mais pas cette année-là pour Étonnants Voyageurs, une lecture à Poitiers au Carré Bleu avec Dominique Pifarély le 12 et le Salon du Livre à Genève les 14-15. Attention : quand on arrivait à la mi-juin, plus rien sur l’agenda, et donc plus aucune rentrée finances fin de mois petits-suisses jusqu’à mi-octobre. Mi-octobre à mi-décembre, puis mi-février à mi-juin, on appelait ça, nous les plumitifs mercenaires, nos saisons de pêche et donc les trains tu ne regardes pas. Et ça aussi c’est fini maintenant, ils font comment la génération de maintenant. Donc mon LightRoom m’indique 763 images pour le mois de mai, 683 pour le mois de juin, dont respectivement 55 et 17 pour les deux jours du stage. Par contre, je n’en publierai qu’une seule dans ce journal images, qui a toujours eu sa propre respiration : cette silhouette de femme un peu âgée à contrejour dans les travées de livres, que je replace ici à la fin. Mais ce dont je me souviens surtout, c’est de comment la prison, bâtiment évidemment opaque et fermé, jouxtait à quelques dizaines de centimètres la bibliothèque, bâtiment transparent et ouvert. J’ai même photographié ce brin d’herbe sur le décrochement des murs. Et cette présence serrée de la ville, évidemment bombardée et reconstruite, parfois c’est réussi (Saint-Malo), parfois c’est loupé (Brest). Alors ce soir, dans la grande chauffe du boulot, projet de revue, magnifiques rencontres Zoom des ateliers, retour sur ce que j’ai vu de Cherbourg, dans les murs lacunaires de ce qui reste. Un beau stage, un beau stage pourtant, et ce que tu emmènes à jamais après ça. Et ce serait la question qui justifierait ce texte de mon journal : pourquoi c’est cette image-là, cette image seule, que j’avais gardée ?

 

 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 22 septembre 2021
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