Lignes

LIGNES, artères zigzag, le ciel n’a pas d’apocalypse si on n’y pense pas des prairies de foudres aux souches renversées, gisantes, béantes offertes aux mains gantées de noir qui les boulent les roulent les érigent en menhirs impatiences subites qui font vomir les beiges les grès façonnés à n’être plus qu’un reflet égaré de la pierre sauvage recouverte de lichens velours de roche endormie l’eau bleue l’eau verte l’eau noire l’eau grise sillage de bonheur du triton langoureux LIGNES paysage sorti d’un un sac élimé étalé sous les nuages filants de l’entre-vie celle des plaies des bosses des caresses des abandons des bleus océan des mauves tâtonnants des murmures des jaunes tout est en place tout est en vrac des pas qui s’étonnent de la poussière de bois ocre de la poussière d’aube au milieu des blancs des fleurs à peine écloses le dessous des racines qui se perdent dans les sillons de terre brune disent cette suite globale de traverses en impasses d’orées en feux de paille LIGNES contemplation à vide des pays sous-jacents la buée du souffle réchauffe les mains sacrifices des polaroïds de poses l’hydre du manque un corps brun sous la pluie d’orage assis près des hortensias mauves une table blanche seule sous une lumière violente souvenirs du présent dans l’humidité froide sans effluves marins reste le bruit des gouttes qui tannent les toits comme des vieilles peaux rancies trop tôt pour s’émouvoir reste l’ennui LIGNES soleil tremblant sous les cristaux de glace une mouette écrasée les tripes gelées le sang s’est figé la terrasse sournoise et les clés sur la porte des enfants jouent à la marelle le chemin est déjà balisé la terrasse sournoise et les clés sur la porte murmures de désastre sur écran plat le voyage n’aura pas lieu les gommettes de couleur remplacent les mots dans les lettres vierges LIGNES errance fermée aux bruits des quais derniers éclats flamboyants suffocation de sirocco dans des draps blancs mouillés lignes des corps de l’eau lignes de l’eau des corps pour souvenirs encrés sculpture déjantés d’occupant absent l’avion de 23 h traverse le larmes atrophiées baiser avec ses souvenirs étrange histoire les eaux sont profondes ces temps ci un sillage du sexe engrangé dans des mers froides sans noms LIGNES ls doigts roses de l’aube des corps d’airain des magiciennes vétustes des hurlements magiques les héros sont épuisés un escalier pourri un coin de désert froid les carnets de l’Oural on Vladivostok des carcasses rouillées sous le givre nucléaire une descente aux enfers hurlée par les sirènes des cris divaguent bruits assourdis de pneus homme indéterminé sur le trottoir pressé des rails éclairés des cris de mouettes des frissons d’hirondelles ascenseur brutal rupture avec lendemain le plus beau dans les ruptures le jour d’après jasmins en fleurs ressac du ciel frissons de la mer trace dansante sur page vierge scintillement d’une ville scintillement d’une cigarette une légèreté de l’abîme ratures mémoires de l’exil le crime s’est enfui escale unique pour unique voyageur des mots comme des ailes fragiles.  LIGNES

A propos de Guy Torrens

Guy Torrens est né en 1952 à Alger. Après des études de philosophie, il se tourne vers le métier d’éducateur auprès de jeunes délinquants. Il anime des ateliers d‘écriture créative à Marseille où il réside. L’écriture et la scène : Chanteur parolier de trois groupes de rock punk ( Fin de série, Dirty Bitch, L.V.3.S) de 1985 à 1995. Tournées principalement en Allemagne, Pologne, République Tchèque, Belgique. Das Klub. Scène vide. La nuit a digéré les derniers spectateurs. Claquements répétitifs d’un soupirail mal fermé. Rythmique minimaliste. « Port de l’angoisse, je bois tes mots, pas tes lèvres. » Les derniers mots flottent encore. Martèlement des pieds, jets de bière, éjaculations spectaculaires. L’écriture et la nécessité : Après la mort de son compagnon qui a partagé sa vie pendant 25 ans, il se consacre entièrement à l’écriture. Poèmes, romans, nouvelles, pièces de théâtre. C’est le bruit du moteur. La mort ne fait pas de bruit. Une fuite sidérée. Celle des rêves. Sombre était le jour, sombre était la nuit. On vivait dans cette opacité, propre à rendre fou, n’importe quel homme normalement constitué ; Le message arriva le matin du 2 janvier. Un cri d’année nouvelle. Anonyme. « La vie n’est qu’un sillon, celui qu’on ne peut tracer, les nuits d’errances sont des meurtres. »

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