Je l’avais promis, du moins je me l’étais promis —que je le garderai. Toujours, oui— d’un seul souffle, murmuré. Comme à un amour, avec jamais avec toujours. Ce livre qui s’effeuillerait. Ses pages si légères, avec à peine quelques signes, comme une colonie de fourmis sur l’ivoire jauni. Toujours, oui. Ses phrases qui fulgurent. Aphorismes. Sentences. Eclairs : énigmes. Ce livre qui se serrerait du côté des poèmes quand les gros de cette années-là finiraient chez Gibert. Un poche acquis en 1982. Je crois qu’on me l’avait offert. M. m’offrait des livres. Des rares, pas seulement chers. Il avait dit, je crois, tu verras c’est la plus belle façon de les transmettre, pas un truc de vieux barbon. Oui tu verras: Battistini le nom chantait. Un fond rouge avec en surimpression comme un sismogramme. Un jeu de lignes : écriture sans écriture. Comme un dessin de Michaux qui aurait coulé sur une plaque de lave rouge. Des Michaux M. m’en avait aussi offert, beaucoup. Je l’ai cherché, avant hier ce livre, en confiance. Chose promise, chose faite. Tu l’avais dit qu’il serait là, toujours. Il ne pouvait pas ne pas. Juste un peu caché sous la poussière. La dernière fois que je l’avais tenu entre mes mains et ouvert c’est il y a quatre ans, pour le ranger dans un carton de déménagement. Je l’avais posé avec les autres en me jurant de recoller cette page qui glissait. Ce livre. Et le mot soleil (soleil cou coupé– non ce n’est pas ça). Et le mot pied. Et le mot fleuve. Ce livre avec cet enfant qui joue. Je l’ai cherché. J’ai revu la rue qui descend. J’ai revu le petit couloir où nous fumions. J’ai revu le visage grave qui deviendrait comme un soleil en se plongeant dans les phrases. J’ai fouillé, scruté les rayonnages. Je les ai épuisé en vain. J’ai éprouvé ce déboulé de temps. Ce vertige à rebours. J’ai vacillé. J’ai touché le perdu. Et parmi tous ces livres serrés sur le rayonnage, à présent, je vois le trou.
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« Il ne pouvait pas ne pas. »
Merci Nathalie. Émotions partagées.