#enfances #01 | la maisonnée

L’oncle

Grand, fort, brun un peu grisonnant, souriant et plein d’énergie, l’oncle règne sur son atelier. Les enfants passent souvent le voir, malgré le bruit criard de la scie qui coupe et coupe et coupe le bois en planches régulières, malgré la poussière dans l’air, la sciure fine qui tourbillonne sans arrêt avant de tomber sur le sol, on marche dans cette couche épaisse comme dans du sable, ça sent bon le bois, mais ça empêche de respirer, et comment fait-il, l’oncle pour rester toute la journée à y travailler pour fabriquer des tables, des bahuts, des étagères et même des fauteuils ? Il nous accueille avec de grands rires généreux et glisse parfois une petite pièce à chacun. Quand il rentre à la maison, il emporte avec lui cette odeur de sapin et sa bonne humeur.

La tante

Fine, menue, même un peu sèche, elle s’occupe de la maison, des enfants et des courses. Elle est blonde, un peu fade, des yeux bleus malicieux, mais la bouche en virgule, boudeuse, insatisfaite. Elle s’ennuie dans sa vie et passe ses journées devant une fenêtre discrète du deuxième étage pour surveiller les entrées et sorties de l’immeuble, elle sait qui est qui, qui fait quoi et quand, qui a eu des visites, c’est son occupation principale et elle fait ça très bien.

La concierge

Une petite dame avec un accent discret devenu indéfinissable, avalé par son contact quotidien avec les habitants de l’immeuble qu’elle soignait avec dévouement, toujours un chiffon dans la main ou traînant un seau d’eau et la serpillère. Propreté avant tout. Pour les escaliers et les rambardes. Pour le portail d’entrée. Et aussi pour elle-même, tablier coquet, bottes cirées, l’indéfrisable sous un fichu coloré. Reprenant les enfants… ferme la porte, frotte tes chaussures sur le paillasson, je t’ai déjà dit de ne pas faire la luge sur la rambarde que je viens de cirer…tous ces enfants qui allaient et venaient en courant, les mamans aux lourdes poussettes à traîner jusqu’au troisième, les vieilles dames avec des sacs de courses volumineux, elle était disponible pour tous et gérait cette vie avec discrétion et maestria.

A propos de Monika Espinasse

Originaire de Vienne en Autriche. Vit en Lozère. A réalisé des traductions. Aime la poésie, les nouvelles, les romans, même les romans policiers. Ecrit depuis longtemps dans le cadre des Ateliers du déluge. Est devenue accro aux ateliers de François Bon. A publié quelques nouvelles et poèmes, un manuscrit attend dans un tiroir. Aime jouer avec les mots, leur musique et l'esprit singulier de la langue française. Depuis peu, une envie de peindre, en particulier la technique des pastels. Récits de voyages pour retenir le temps. A découvert les potentiels du net depuis peu et essaie d’approfondir au fur et à mesure.