AFFOLEMENT SIDÉRATION

Voir trop ou pas assez et pour cela choisir l’œil immobile. Il ne peut pas bouger de fait mais par rapport à l’autre, faussée. Comme d’une roue voilée. On ne sait jamais ce qu’il regarde,  l’œil coincé dans son coin. D’ailleurs sa vue se gomme sinon deux en concurrence et en surimpression. On ne voit que d’un œil comme on ne dort que d’une oreille. Ca arrive quand on ne peut supporter une situation. L’organe dit « paresseux » se paralyse, peut travailler à la place de l’autre et là la tête se dévisse on a l’air d’un fou. Autre façon de regarder, fermer les yeux. « On peut voir ce que l’œil ne voit pas » a dit un Alzheimer pensif. C’est qu’elle est bien collante, la réalité, elle entre par là,  elle vibre, elle vrille. La vue d’un homme qui passe sa vie -18 ans, avait-il dit – par terre assis avec un gobelet, en face de chez soi, l’œil n’aime pas il s’accroche au show-room de la salle de bains au-delà, à la déchirure de l’affiche plus loin et pour finir, à la tête du passant en face qui vous regarde sévèrement. Haut les cœurs haut les yeux, ne voir que de l’un, tuer l’autre, ou les retourner à l’intérieur pour trouver quelque chose qui fasse tenir debout. Avec le in-pathein, tout entre, tout s’encre, plaque d’impressions, on est. Dans Orange mécanique, yeux maintenus ouverts, tel était le condamné. Jeter les yeux, peut-on ? Les envoyer loin, très loin, plus loin. Dans le Cosmos. Voir comment ça se passe là-bas derrière. Car sur Terre, où poser le regard ? Tout est tournis et vertiges éblouissements malaise étourdissement tourmente ahurissement effarement déséquilibre  inextricable. Sous mes trottoirs ceux que je visite avec le chien chaque jour il y a des boyaux des tuyaux des noyaux de terre de crânes de plomb de fer d’eau des dessous d’eau clapotante ou encapsulée dans des coursives mal éclairées de boyaux de tuyaux avec accès par des trappes à la chaussée qu’on ouvre et qu’on referme suivant besoins chaussée qui surplombe et recouvre des dessous de verticalité vertigineuse étagés en strates géologiques que traversent le train du métro les couloirs du métro les escalier du même un monde de fourmis pullulant sachant qu’en-dessous du métro qu’est-ce qu’il y a il y a bien quelque chose comme des mers enfouies en-dessous des cités voyageuses établies là attendant leur redécouverte en-dessous ou des monstres marins que les marées dérangent en-dessous ainsi que le bruissement de l’écho lointain de la ferraille wagon des métros vaquant à leur occupation de transport du dessous moyen utilisé par les hommes couchés debout assis sur le trottoir qui aussi bien se couchent sont debout ou assis en-dessous car enfin il y a bien quelque chose en-dessous du dessous ne serait-ce que le trou du cul du noyau de la terre qu’on ne sait pourquoi elle tourne de quoi il retourne. En hauteur ? Verticales biseautées saillies en rotonde notre œil requis pour capter cette permanence de découpes et dénivelés plusieurs espaces en une configuration à pic pour surprendre non le  tournis alors que pieds au sol concours de lignes brisées fuselées aéros combien aéros dynamiques jeux de miroir scintillement lissé métal verre eau, alliage atone opaque fumé obscur le mat, pas une broutille ces verticalités obliques qui piquent vers toi. Aussi, oiseau survolant l’amphithéâtre aérien d’une abside circulaire, se faire figure modulable dans les dédales d’un après-midi liquoreux, et planes sphérique sur des courants d’arêtes douces. Entre-deux de ces jeux de forces, les balançoires et leurs voyages. Dans une parenthèse urbaine réservée à l’enfance et ses chimères, elles sont coques en flottaison à peine au-dessus du sol, on embarque facile. Quatre barres au sommet de part et d’autre d’une poutre perpendiculaire tiennent le berceau qui va son swing, c’est selon, mou, endiablé. En solitaire, debout, les pieds écartés sur le haut des sièges, les mains fermes aux montants, on oscille entre le christique et l’homme de Vitruve : plat comme une carte, exactement symétrique, on va et vient jusqu’au triomphe d’un 360 degrés. Sinon, sagement, fendre l’air dans son foetus, s’élever au-dessus des autres pour prendre un échantillon de céleste. Et à l’horizon, que regardent les fenêtres ? Elles captent la songeuse qui s’approche de la vitre côté gauche de sa vue comme d’habitude le côté droit obstrué par la commode des grands-parents la plante dessus qui s’épanche qu’elle adore ne voit pas le livreur de pizza descendre de vélo ne s’aperçoit pas que l’immeuble en face se vide un à un de ses habitants elle rate le coucher de soleil et la voiture somptueuse emportant une vedette lui échappe et le trou béant apparu dans la nuit dont certains s’inquiètent lui resteront inconnus non elle note que passe le chat  la femme revient de la boulangerie que la nuit tombe elle reste à ausculter ce qui ne passe pas . Alors, peut-être elle vire tout ce qui obstrue la vue met la commode à la rue et sauve la plante Peut-être elle déménage dans une tour avec vue panoramique Peut-être elle rencontre un bel homme une belle femme et tout le reste l’indiffère Peut-être elle rêve d’une île Peut-être la ville n’existe pas Peut-être elle rentrera dans le papier peint où elle vivra des tas d’aventures  Peut-être elle n’ira plus vers les fenêtres et jouera du piano Peut-être qu’elle ne nous a pas tout dit Peut-être que c’est un secret Peut-être que cela se chuchote Peut-être qu’elle va chanter si fort que les fenêtres crèveront Peut-être elle verra la belle monter en carrosse, l’immeuble vide se redresser et la femme qui marche venir à elle Peut-être tout ceci est d’un qui rêve d’un écrit d’un qui lit  Peut-être la ville se recouvrira de cendres Peut-être qu’elle rêve d’une île. Alors choisir de poser le regard sur l’infiniment loin, régler le zoom arrière sur le fonds de scène. Pour cela, quelques notes au bas d’un texte s’effaçant à mesure ou déjà blanc, et qui donnent le ton de cette musique sidérale :                      

(1) Le 14 septembre 2015, à 9 heures, 50 minutes et 45 secondes en temps universel, a pu être détecté aux États-Unis le passage sur terre d’une onde gravitationnelle, émise il y a 1,3 milliards d’années par la fusion de deux trous noirs. Cette observation, rendue publique en février 2016, faisait trembler le monde scientifique et confirmait la prédiction qu’Albert Einstein avait faite un siècle plus tôt, en 1916. (Émission sur France-Culture)

(2) Voyager Deux nous livre ses secrets sur l’espace interstellaire et sa frontière… Afin de comprendre cette découverte, il est nécessaire de clarifier un point : notre Soleil n’est pas une boule qui flamboie paisiblement,  c’est un véritable four nucléaire qui déferle à travers la galaxie à la vitesse folle de 720 000 km/h. (National Geographic)

(3) Documentaire : Voyage au cœur d’un trou noir. (Sciences et Avenir) Commentaire M J B : « Pour y arriver, il faudrait dépasser la vitesse de la lumière et jusque-là, impossible, aucune masse solide ne pouvant atteindre la vitesse de la lumière… » (…) « Vous ne verrez absolument plus rien que les ténèbres, du noir, comme son nom l’indique et dépourvu de néant, de matières solides, ou de lumières (faisceaux lumineux), l’aveuglement total… La 4ème dimension, d’où, le temps n’existe plus, le lieu auquel l’on ne ressent plus rien, en totale décomposition, oui. Le Cosmos qui nous englobe n’est qu’un sous-ensemble du trou noir et qui pourrait disparaître dans des années-lumière.»

(5) Pour déterminer le taux d’expansion de l’Univers, en quelque sorte la vitesse à laquelle l’expansion se fait, les cosmologistes étudient le fonds diffus. Sur la base de ces observations, ils ont constaté qu’après le Big Bang, l’Univers s’était d’abord développé très rapidement. Ensuite, l’expansion a ralenti sous l’effet gravitationnel de la matière noire. Cependant les mesures actuelles de la constante Hubble montrent que l’expansion accélère bien plus rapidement que prévu par le modèle standard de la cosmologie. (Trustmyscience)

(6) Une équipe internationale a analysé des échantillons de deux météorites échouées au Maroc et en Australie. Ils ont découvert du ribose et d’autres sucres bio-essentiels. Le ribose est le coeur de la molécule d’ARN, une des formes dérivées de l’ADN. Ce qui appuie l’hypothèse que les ingrédients du vivant ont une origine extraterrestre. (Interview sur France-Culture avec Hervé Cottin, professeur d’astrochimie à l’Université Paris-Est-créteil)

 (7)Découverte d’une galaxie « fantôme » juste à côté de la Voie lactée. (Sciencepost.fr)

Petits échos célestes de novembre 2019

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