#10. « Un astre » avec « préparatifs traverse les murailles »

Je suis venue au monde, j’ai obéi écouté, je voulais sauver le monde — Elle est folle, pourquoi elle pleure encore, elle devrait arrêter de s’introspecter comme ça , Elle va venir avec moi faire un camp, elle nous énerve avec ses histoires — Je n’ai pas le mode d’emploi, je voudrais mais ne sais pas, et là, je la vois venir vers moi, mettre ses bras autour de moi  » Alors ma petite Suzanne…ça va ? » — C’est doux, ces bras autour du cou. — C’est pas possible d’être aussi bête, elle marche complètement à coté de ses pompes! — J’encaisse, je ne réponds pas, je ne veux pas de conflit, j’étudie, je révise, j’ai une tête et pas de corps.

J’ai aimé, beaucoup , André. J’ai eu des enfants, beaucoup, bougé, parlé, chanté. J’ai été remplie de joie. Mon corps, quel corps? je n’ai pas de corps sauf que je n’arrive plus à courir, et j’ai 7 de tension. — Elle est extra, mais parfois elle exagère, elle ne comprend pas « Fais un effort » — J’ai pleuré, crié, hurlé. —Elle va se calmer, elle va prendre sur elle, par moments, pas possible, elle devrait arrêter de penser tout le temps, et avec son père, elle pourrait mettre le holà. — Je me rétracte, il veut me prendre à mon corps défendant, mais si, je veux bien. — oui, il sait. Elle est bien, ils sont bien tous les deux. On va y arriver, ça fait quarante ans déjà, on a fait comme on a pu.

J’ai perdu André, il est mort. J’ai perdu ma vie. — Elle a changé quand même, elle est moins taiseuse. Elle se prend en charge, regarde tout ce qu’elle fait.—Je marche, je marche,hors les clous, j’explore. Je trouve un hors norme, un perdu, un fou. J’aime sa folie, je sens la liberté, la fantaisie, cette vie qu’il a eue — Elle est super-gentille, elle discute politique, elle vient manifester avec moi, elle se bouge quand même. Elle est un peu perdue, elle s’accroche, on dirait qu’elle vit à travers moi. — Je vis enfin ce que je voulais vivre, je suis adolescente pour la première fois de ma vie. Mon corps vibre et pour la première fois de ma vie, comme on vit à la campagne, je verrai passer doucement les quatre saisons de l’année comme jamais je ne les ai vues de ma vie. J’ai bien fait, il m’a emmenée ailleurs. Mais je le perdrai très vite , il est mort.

—Elle est partie trop loin de chez elle, elle a peut-être exagéré son amour. — La joie revient en sourdine, je suis plus sereine. Un peu déjà dans la mort mais vivante. — Elle rebondit toujours. — Je me rejoins juste aux derniers moments de ma vie, j’existe et je sais où aller, où marcher, je sens mes jambes, mes pieds.J’ai mille espaces à revisiter, je suis fêlée, ça laisse passer la lumière. Mon corps m’a trouvée. Il sent le matin le glissement des habits sur lui, il se réjouit de l’odeur du café, ses mains frôlent les touches du piano, il contient toutes les réminiscences du passé, les douleurs la tristesse même les pires ,le corps les a trouvées, affrontées. « It’s wonderfull, it’s wonderfull, it’s wonderfull, chip chip chip da du du du da chi boum chi boum du du da du da chi boum chi boum dum du dumdi dum — Sol sib re sol sib re sol — à tue-tête.

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DD

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