#40 jours #19 | les hirondelles

Avril. Attentes prolongées et successives aux urgences hospitalières. Bien-sûr, je pourrai écrire sur cela ; c’est vif et tout chaud de sensations et de souvenirs. Un enclos temporel qui nous projette d’un grand coup de pied loin de toutes nos somnolences routinières. Mais cette attente n’a que très peu de mots qui puissent la définir : angoisse, gros poids sur le cœur, alarme. Bien-sûr il y a la salle blanche, les sièges inconfortables, la pendule murale qui sursaute à chaque minute, la voix haut-parleur qui entre en scène après un intervalle en tierce mineure pour s’entêter à prononcer le nom des autres, les visages fermés et las, d’autres pas tant que cela, les regards qui ne décrochent pas du téléphone, les hirondelles de l’autre côté de la fenêtre qui construisent frénétiquement leurs nids sous le préau de béton. Mais ça, c’est le décor, les faits-divers qui peuvent parfois distraire de l’essentiel, mais qui ne le gomment pas. L’attente, c’est attendre, car on ne peut rien faire d’autre, on est ligoté au moment présent avec le cœur qui craint de basculer dans l’avenir. Ne pas bouger, au cas où on nous appellerait juste au moment de l’absence, fixer des yeux la porte interdite, essayer de regarder à l’intérieur quand elle s’ouvre pour laisser passer des tas de gens dans leur routines, indifférents, tranquilles, dans un monde qui pour eux n’a pas bougé. Attendre, c’est rester, subir, endurer, attendre, ô miracle, c’est la passivité dans toute sa splendeur, s’abandonner au chaos, murer ses pas pour ne pas trébucher et trébucher quand arrive le corps monotone du verdict que l’on accepte en silence.

Cela paraissait facile, et pourtant… J’ai même essayé d’écrire un guide pratique pour combler l’attente et aussi toute la série de pièges dans lesquels l’attente peut se laisser embourber, etc., etc.

A propos de Helena Barroso

Je vis à Lisbonne, mais il est peut-être temps de partir à nouveau et d'aller découvrir d'autres parages. Je suis professeure depuis près de trente ans, si bien que je commence à penser qu'autre chose serait une bonne chose à faire. Je peux dire que déménagement me définirait plutôt bien.

12 commentaires à propos de “#40 jours #19 | les hirondelles”

  1. revenir vers tes hirondelles
    et trébucher dans ton silence, avec toi,
    attendre n’est pas forcément la passivité, tu sais bien que tout vibre en nous en permanence et nous contraint à l’observation, mais c’est le poids de l’annonce à l’issue de l’attente qui fait basculer dans le vide
    avec toi Helena

  2. Oui, Françoise, c’est ce poids, qui coupe tous les ponts et qui nous fait toujours revenir au point où rien ne bouge. Écrire à ce rythme journalier c’est un peu comme lancer une échelle, essayer d’y monter et tomber quand l’un des barreaux est peu solide. Rafistoler le barreau et continuer. Merci de ta lecture attentive et lucide ! Tes commentaires sont précieux !

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