#40jours #13 | rouille

Au détour d’un chemin-chien, un container maritime échoué là, charroyé d’on ne sait où. Piqué de roux de rouge de rouille, étoilé constellé de taches rousses, roussâtres, ocres ou orangés, tirant parfois sur le brun. Troué de petits cratères aux bords brûlés éclaboussés de rouille sang séché comme un trou de cigarette un trou de soleil éblouissant dans le métal ferreux rouge de Mars. Au travers, les miroitements verts de la végétation dans la lumière. Et dans l’air, flottant, invisibles à l’œil nu, la poussière de rouille dans le vert des fougères. Le blanc n’est plus blanc. Il est maculé taché piqué rongé brun orangé couleur suant l’humidité rousse l’odeur métallique ferrugineuse brune rougeâtre roussâtre jaunâtre dans la bouche le nez les yeux, constellé qu’il est sur toute la surface intérieure à la merci du vent, de l’air, de l’eau et du soleil. De l’extérieur, la rouille offre un autre paysage. Tout aussi fascinant. En haut du container, on dirait que la rouille a fait exploser la paroi, éventrée en éclat d’obus, pétales de métal brunâtres, fleur de rouille de l’acier retourné sur lui-même creusant trou sur trous de rouilles rousses. Sur le flanc gauche, rouille moussue aux reliefs irréguliers comme des boursouflures, des croûtes brunes où se mêlent le vert de la végétation le roux de la rouille à l’assaut de l’acier rouge. Ca et là, le rose pâle de la peinture écaillée, des griffures blanches. Sur le flanc droit même corrosion. Palimpseste complexe de matières et de couleurs : paroi bleu foncé et plus clair en bandes verticales régulières, par endroits profondément entaillées, laissant apparaître la peinture originelle, blessures rouges, quartiers de lunes rousses, yeux fendus perclus de boursouflures brunes ou de sang caillé formant visage de tôle. Et puis rageusement comme pour achever le tableau, balayé griffé incisé de peinture blanche sur bleu et rouge. Mais sur ce bleu, ce blanc, comme sur le rouge, la rouille corrode, la rouille mange, la rouille troue.

A propos de Émilie Marot

J'enseigne le français en lycée où j'essaie envers et contre tout de trouver du sens à mon métier. Heureusement, la littérature est là, indéfectible et plus que jamais nécessaire. Depuis deux ans, j'anime des ateliers d'écriture le mercredi après-midi avec une petite dizaine d'élèves volontaires de la seconde à la terminale. Une bulle d'oxygène !

6 commentaires à propos de “#40jours #13 | rouille”

Laisser un commentaire