#COMMENCEMENT #01(2) | c’est quand le début

Ça avait toujours déjà commencé. Une succession de commencements en plusieurs âges – ou périodes : vers cinq ans, écrire en s’appliquant : écrire et dessiner même joie et même combat – rêveries de copiste–, sens et musique des mots par le canal de l’encre qui fauche. Avant dix ans les poésies du journal à trois mains sous l’impulsion de l’oncle qui a l’âge d’un grand frère et calme ses ardeurs en jeux d’esprit, après tout fout le camp, le corps transperce la page; texte et dessins ronéotypés distribués aux goûter du dimanche où se récitent Pascal, Ronsard, Molière – et autres chanson/  (écrire commence aussi par l’oreille)Plus, tard, vers onze ou douze ans, quelques pages d’un roman anti raciste avec en icône de couverture une photographie de la mère; suivent dialogues en scénettes à jouer sous le préau ; et scenarii tournés avec la super huit du père :  images sans voix dans les champs de l’Oise, robes dégoulinantes de fleurs, courses rebelles avec petit frère en messager. A douze ans on écrit sans peur : et la mer étendit son linceul sur la plage comme on étend la main pour fermer les yeux des morts, juste après on lit Les fleurs du mal : on ravale. Lire Crime et Châtiment empêche de dormir mais endort l’envie d’écrire, le journal de Nijinski ou celui de Strinberg aussi – bras scarifiés en place d’écriture. Cependant, à côté de la chose principale comme on le dit de cette rue qui traverse la ville, il y a les sentes, chemins à soi à l’écart des regards, carnets qui se perdent sous les arbres; à cette époque plutôt au fond du couffin qu’elle trimballe de la porte de Clichy vers les quai de Seine dans le bus 95 : carnets de phrases lues, bribes d’histoires, début de début de début de réflexions sans aube…  Et prendre les corps à la lettre, amour épistolaires et clandestines où s’inventer des vies, mentir enfin, éprouver cette puissance de l’écrit. Un jour, ce sera dans l’atelier des Beaux-arts, elle vient vers elle la prend par la main, lit dans sa paume : Toi l’écriture c’est ton truc (entendre qu’as-tu à fiche dans l’odeur de térébenthine) un jour, dans longtemps, tu verras… Qu’est-ce qu’il faudrait voir ? Voyance ou vrai désir d’écrire. Ça avait commencé. Ça commence. J’apprends à lire

A propos de Nathalie Holt

A commencé en peinture, a vécu de théâtre et d’opéra, des années de scénographie plus tard ne photographie pas que son lit, tient son journal en images, écrit et marche chaque jour a publié un peu pour aller au bout d’un geste ( Ils tombaient ) ( Averses) https://www.amazon.fr/stores/author/B09LD7R2KY . Écrit pour lire.

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