#construire #07 | il veut voler

une longue rue de village ou un grand champ, un espace si grand qu’un avion s’en envole, si petit presque pas plus grand qu’une boite à livres

la fille sur le siège au fond du bus mange négligemment une glace, le bus freine, elle fait tomber de la crème rouge sur sa jolie veste verte, son copain, fait une tête longue comme ça, se lève, marche vigoureusement vers le chauffeur freineur, prêt à en découdre mais il change d’avis descend par la porte ouverte et en profite pour s’en aller loin loin courant dans le champ

l’avion arrive en bout du grand espace, il fait rugir son moteur, les ailes du planeur qu’il tire tanguent, rasent le sol, un peu de gazon poussiéreux vole, le planeur rebondit et se redresse, le pilote regarde par le hublot du cockpit, sourit reconnaissant de cette hésitation à s’envoler

pause

sur les immenses tirages photo affichés le long de la piste, un longiligne regarde un beau jeune homme à l’air doucement farouche, il sait que c’est lui sur les photos mais il y a bien longtemps, à cette époque, il ne savait pas qu’il était beau et maintenant il envie les jeunes gens en jeans troués qui semblent tellement savoir qui ils sont

au bout de la laisse du chien minuscule qui va nez sur le gazon, la dame s’arrête et regarde dans la boite à livres, l’air de vouloir y retrouver les livres qu’elle y a abandonnés il y a longtemps et qu’elle a eu, ce matin, irrépressible envie de toucher et feuilleter dans sa bibliothèque

en beau costume, celui qui vient de sortir du bus marche et parle seul, secoue la tête, marmonne trois mots, se tape le front, aperçoit le planeur qui monte vers les nuages, tend l’oreille au bruissement des ailes contre le vent

pause et bruissement

d’un coup il s’arrête tête en l’air, bouche ouverte, hébété, écarte les bras, les agite de haut en bas, court droit devant, sautille, il veut voler, il est sûr de lui, il ne reviendra pas indemne, il veut s’envoler au-dessus de la condition qui lui pend au nez pieds et poings liés à la servitude

silence

il pleut, un petit garçon, d’où sort-il celui-là, essaie d’attraper une balle de chiffons avec une raquette bricolée de ficelle, il y arrive peu, son copain transi de froid en face de lui y arrive moins encore. Ils filent en courant et se tapant mutuellement dans le dos, on dirait pour se réchauffer

pause réconfortante

l’homme du planeur est revenu sur terre, découragé par la pluie de mousson il s’assoit à l’arrière du bus à la place de la fille qui va droit vers un massif de fleurs magiques bleu pervenche assorties à ses yeux, garance assorties au ruban dans ses cheveux, de moins en moins décidée sur le chemin qui y mène, deux pas en avant, trois pas en arrière, l’idée des fleurs lui suffit

A propos de bernard dudoignon

Ne pas laisser filer le temps, ne pas tout perdre, qu'il reste quelque chose. Vanité inouïe.

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