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• à titre exceptionnel, ci-dessous une première visite du même thème, lors d’un de nos ateliers «en direct» du mardi (juin 2025), et pour celles & ceux qui y avaient déjà participé ne pas hésiter à reprendre et republier votre texte, l’approche était la même mais le contexte différent :
#09 | Cendrars, le roman que je n’écrirai jamais
On en a parlé pour la question du lieu dans la précédente : interrogation structurelle qui traverse chaque cycle.
Et c’est une autre question du même type aujourd’hui : ce que sera l’écriture qui va naître, toujours dans notre contexte où on suit les paramètres reconstruits par Barthes dans son séminaire de 1980, La préparation du roman, pas possible de le pré-déterminer. Même avec plans, synopsis, intention précise, l’écriture qui surgira le fera contre nous, hors de nous, à contre de nos attentes.
Ce qu’on peut déterminer, au mieux, mais étape si importante de l’avant-écrire, et de la part irréversible du premier jet, c’est ce qu’elle ne sera pas. Ce à quoi on tourne le dos, ce dont quoi on se protège, ce qu’on repousse même.
Et c’est la part irréductible (quasi hégélienne) du négatif dans la pré-genèse d’un texte.
Une dimension que donc, comme celle du lieu, on a déjà croisé à plusieurs reprises dans nos cycles thématiques. Ainsi, en reprenant à Jean-Paul Goux son « non pas » ouvrant les premières pages de son Triomphe du temps (cf cycle Faire un livre).
Ce que je souhaitais vous proposer, c’est une singularité : on est en 1951, et une revue, La gazette des lettres, propose à une suite d’écrivains une enquête sur le thème: «Le roman que je n’écrirai jamais».
La réponse de Cendrars est incluse dans le tome 11 de ses oeuvres complètes posthumes chez Denoël, titré Aujourd’hui, un des volumes les plus riches parce que reprenant vaste ensemble de ces textes épars, sur le cinéma (L’ABC du cinéma), sur la peinture, mais aussi sur la littérature : le texte central sur François Villon, un autre sur Balzac.
Cendrars, né en 1887, vient de publier en 1949 ce qu’on peut considérer comme son dernier grand opus, Le lotissement du ciel. Une attaque cérébrale le terrassera 5 ans plus tard, il meurt comme on sait en 1961.
L’intérêt de ce texte : non pas tant ce qu’il sait désormais qu’il n’écrira pas, mais le rôle que ces livres qu’on n’écrira pas dans la genèse de ceux qu’on a écrits. Et que depuis le début de sa trajectoire d’écrivain, Cendrars a établi et tenu une liste de 33 oeuvres, qui pour la plupart resteront dans les limbes, mais sans lesquelles n’aurait pu s’écrire la part réalisée de l’oeuvre — voir le parallèle qu’il en tisse avec la part non écrite de La comédie humaine.
Télécharger donc l’extrait à l’adresse ci-dessus. Comme chaque proposition lorsqu’elle se révèle surprenante et riche, la légitimité à la tenter dans des contextes différents, c’est ce qui permet — à rebours — de la construire elle-même comme outil. En juin dernier, fin de la 2ème saison de nos ateliers du mardi, je l’avais tentée une première fois et me permets d’en inclure ci-dessus les contributions, écrites donc ce soir-là de juin 2025 : on était en conclusion d’un long parcours, et il s’agissait de prendre mentalement appui sur ces 32 textes écrits tout au long de la saison, pour dégager négativement l’espace d’une suite où chacune et chacun seraient autonomes.
Aujourd’hui un contexte différent : celui précisément de la montée en tension d’un amont de l’écriture, dégager cet espace vide mais armé où va s’accueillir le premier jet, parce qu’on sera prêt à basculer, et qu’on aura accumulé toute cette matière que nous explorons depuis le début de ce cycle.
La consigne ? S’en tenir à cet énoncé : ce qu’on n’écrira pas, pour l’écriture ce qu’on ne veut pas qu’elle soit. Roman, pas roman, la question pour nous est forcément plus large, et le mot roman ici seulement une appellation générique pour le récit, fiction ou non-fiction.
On écarte le rideau de l’avant-livre. On écarte toutes les pesanteurs, les conventions, les esthétiques qui nous font mal ou nous rebutent, on démultiplie ces champs superposés du que je n’écrirai jamais pour faire place vide et nette à ce qui n’a pas surgi encore, mais justement : on vient de franchir un pas pour s’en approcher encore plus.