#construire #09 | Pousser le point final

Le livre que je n’écrirai jamais sera sûrement un gros livre, beaucoup de pages, beaucoup de mots et puis beaucoup de temps. Trop d’idées, trop souvent, j’aurai bien trop sûrement bifurqué bien avant de finir un gros livre. Et puis ce point final qu’il faudrait repousser depuis la première page jusqu’à la dernière page, les yeux fixés dessus pour ne pas l’oublier, point final en boulet, en une pierre qui grossit, un point en boule de neige qui emmène tous les points au fil de toutes les pages, un point qui se dérobe, qui se cache, se soustrait, toujours penser au point qui viendra à la fin qui calerait tous les mots comme un coin d’étagère qui cale une ligne de livres, en faire des petits morceaux de ce fameux point final, des points intermédiaires comme des sous-points finaux, ce serait un pis-aller, un bricolage bancal pour soulager la tête du lourd poids de ce point à trainer toutes ces pages, point final de chapitre comme une entourloupette pour soulager la tête du fardeau bien trop lourd du point final, final, tout au bout du gros livre, point final pour plus rien, comme le bout du chemin, comme tout au bord du vide et juste le loin devant, un point comme une falaise, avec nous tout en haut et le jour qui se couche et puis devant la mer, sans point à l’horizon et derrière, l’avant-point en chaos, l’envie de tout refaire et de repousser encore, et encore bien plus loin la fin du point final

A propos de Juliette Derimay

Juliette Derimay, lit avidement et écrit timidement, tout au bout d’un petit chemin dans la montagne en Savoie. Travaille dans un labo photo de tirages d’art. Construit doucement des liens entre les images des autres et ses propres textes. Entre autres. À retrouver sur son site les enlivreurs.

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