# 11 construire | Panne dans la construction

La panne comme solution s’il y a doute. On teste la validité d’une idée, on la met à l’épreuve d’hypothèses plus ou moins tarabiscotées, on la pousse dans ses retranchements pour voir si l’endurance est là, pour voir si l’idée répond aux promesses fantasmées, s’il y a panne, l’idée n’est pas bonne, on met de côté.

La panne-paresse ou procrastination nous prend, on refuse de s’asseoir, de se mettre au clavier, de saisir le stylo, parfois même de se pousser à l’extérieur, de sortir, s’exiler en bibliothèque. Pourtant bien souvent, dans une salle bien silencieuse en sous-sol, entouré de gens studieux, cette ambiance suffit à remettre la machine en route.

Parfois, la panne est plus insidieuse, plus résistante. L’élan qui avait accompagné l’écriture du premier jet s’est évaporé. On s’interroge, on se demande si l’on a écrit pas trop vite, on reprend, on veut ralentir, mais on n’avance plus, on fait du surplace. On rumine les mêmes phrases sans les rendre plus belles. On sait très bien qu’il ne s’agit pas là d’une question de vitesse, que le blocage est à l’intérieur, qu’il est plus délicat de trouver une solution, d’identifier l’origine du mal. Comment relancer la machine ? C’est à ce moment que l’on se tourne vers l’ami e dont la lecture apaise ou tourmente, l’ami e qui aide à prendre de la distance, car il faut bien lui raconter la panne qu’on ne comprend pas, la décortiquer ensemble. L’amie n’est pas forcément là physiquement, elle peut être là en pensées. La solution n’est pas satisfaisante, car les mots toujours font défaut ou trahissent, ils gardent pour eux une partie du sens qu’on aimerait partager. Parfois, il y a les silences que l’on partage. Peu d’élus parviennent à les décrypter. Ceux-là sont de précieux compagnons, comme âme sœur de l’esprit.

La pire des pannes, le vide intérieur, la baisse de forme, il est impossible d’écrire. Il ne s’agit pas d’une incohérence à corriger, d’un mauvais choix de vocabulaire. On se retrouve comme un vieux processeur qui tourne en boucle sans plus rien afficher. Lors de cette panne ultime, un seul mot d’ordre, clamé plus fort qu’à l’ordinaire, humilité et patience, laisser du temps au temps. On fait le dos rond, priant pour retrouver la fluidité qui apaise, les mots qui soulagent, les histoires qui font s’absenter le temps.

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