
L’immobilier désigne tous les biens fixes qu’on ne peut pas déplacer. C’est le cas de ma bibliothèque qui tient au mur et à laquelle je tiens. Je devrais la laisser sur place si je devais déménager et si je devais déménager la première question qui me vient à l’esprit n’est pas où déménager mais où emporter mes livres. Tant que je n’arrive pas à dissocier le contenant du contenu, je reste ici avec mes livres dans leur bibliothèque immeuble. Elle ne pourra jamais prendre la même forme ni le même agencement ailleurs. La bibliothèque immeuble est par nature sédentaire. Comme moi. De toute ma vie, j’ai déménagé trois fois dont la deuxième de manière transitoire sans poser le moindre livre au sol. Mon premier déménagement a tenu dans le coffre d’une Renault 19 vert pomme. Il comportait une valise de vêtements, un plateau et deux tréteaux qui me servent encore aujourd’hui de bureau, un luminaire halogène remplacé par un led, deux chaises pliantes rangées derrière une porte. Et surtout un minuscule carton récupéré au supermarché du coin rempli de livres. Même pas lourd. Il contenait essentiellement des livres de poche étudiés au lycée et à la faculté de lettres. J’ai fini par perdre un peu leur trace au milieu des autres mais ils restent les piliers de mon fond, ceux autour desquels les rayonnages se sont organisés. Il fallait bien partir d’un point de départ et ceux-là en étaient un, sentinelles de ce qui allaient se passer autour. Du sur mesure. Dans la mezzanine. Avec le bois de charpente du collège local qui s’était effondré sous la neige un mois de décembre. De mémoire le 8 décembre, jour de la fête des Lumières à Lyon où je vivais encore. C’est bien après que je suis venue ici que je me suis mariée et que nous avons fait construire une maison. Troisième déménagement. Mais j’ai encore attendu longtemps avant que mon compagnon se décide à faire quelque chose pour mes livres. L’enfant marchait depuis plusieurs mois déjà et le deuxième était en route. En congé maternité j’avais du temps pour sortir de leur minuscule carton mes livres qui n’occupaient alors pas beaucoup de place. Nous avions vu les choses en grand et ils disposaient pour eux seuls de deux travées de sept étagères et une huitième qui fait la largeur des deux autres soit la largeur de l’Homme de Vitruve les bras écartés. Les deux premières en partant du bas sont plus larges et plus hautes pour les ouvrages plus grands que les livres de poche, les étages suivants sont de la même hauteur et les deux derniers s’amenuisent. Trop parfois. Je rouspète quand il ne manque pas grand-chose pour caser un livre. Au-dessus, on pourrait si l’on voulait ajouter un rayonnage supplémentaire mais les livres prendraient la poussière sur la tranche supérieure ce qui n’est pas souhaitable ni recommandé. Ou les couvrir d’un carton ce qui serait inesthétique. A gauche de cet ensemble, des casiers en bois de tailles et de grandeurs différentes vont mourir sous la pente du toit de la forme d’une coque de navire renversée. S’y rangent des livres d’art des livres illustrés des catalogues. Je pensais à l’époque que j’aurais du mal à remplir toutes ces cases. Aujourd’hui je joue avec mes livres comme au jeu de Tetris afin de garder de l’espace pour placer les pièces à venir. Et j’avoue avoir du mal à augmenter mon score et les nouveaux venus échouent là où ils peuvent.
Je n’ai pas lu le texte encore mais la photo m’impressionne tellement. Je lis maintenant.
« La bibliothèque immeuble est par nature sédentaire » évidemment!
J’ai ri avec tendresse à toute l’aventure de tes livres et la tienne au passage évidemment 🙂 De mon coté je ne fais qu’ajouter des planches partout et ça déborde ça déborde. Mon texte est écrit je vais le mettre en forme et l’illustrer et je le poste 🙂 Seras tu la vendredi à Montpellier?
Quelle belle bibliothèque !