Il y a des pannes et il y a des solutions, les mêmes pannes n’appellent pas toujours les mêmes solutions et c’est bien dommage. Ce sera en désordre et sans divan.
Panne sur la #10 deux mini-biographies qui arrivent sans prévenir puis arrêt total, rien, nada, zéro, pas de solution à ce jour, juste peut-être de me dire que deux c’est plus que zéro.
Panne contournement de l’obstacle, écrire une ligne, juste un début et puis chercher le bon caractère, arial non, helvetica non, times non, bahnschrift juste pour son nom et puis s’égarer dans les styles corps de texte, sous titre, titre un, paragraphe, se perdre là.
Solution pour toutes sortes de pannes, se donner un horaire, tenir jusque là au moins, même si rien, même si chaque mot posé est de suite effacé, parfois ces quelques moments accordés comme une permission de creusement, de laisser venir, parfois…
Panne fréquente Tiers Livre, combien de textes commencés par « je ne comprends rien à cette proposition… j’écris que je commence par écrire que je ne comprends rien à cette proposition ». Je ne savais pas que c’était « autonymique ». Est-ce que ça fait solution ? Aligner des mots pour remplir, rassurer les yeux, il s’écrit quelque chose puisque les mots se suivent et oui parfois d’autres mots surgissent de plus loin pour prendre un chemin imprévu au départ.
Solution pour démarrer sans attendre, écrire tout ce qui arrive sans penser sans chercher à trier sans tenir compte du « c’est n’importe quoi » qui chuchotte pour forcer l’arrêt, continuer jusqu’à extinction d’énergie, de réserve de mots ou de temps disponible. Et plus tard, le soir, le matin le lendemain, y revenir et parfois, la surprise de trouver des bribes de début ou d’idées et même parfois se dire que c’est pas si catastrophique à le relire.
Panne dite du tricot, version définitive obligatoire, je ne peux pas avancer tant que je n’ai pas trouvé le juste mot, la bonne formulation, je relis sans le texte cesse depuis le début avant de pouvoir y ajouter un mot, un peu comme si le texte était un ouvrage tricoté, on ne peut y ajouter une maille que si la précédente est là, que si le rang précédent est fait, et on ne peut pas revenir en arrière. Pas de solution mais pas grave si c’est beau comme je veux.
Fausse solution du tour dans le jardin, se lever et aller marcher dehors, il peut venir des mots, des phrases, des idées, les secouer dans la tête, ils sont brumeux mais semblent brillants tant qu’ils flottent dans la tête mais quand on rentre, qu’on veut les écrire ils sont insaisissables, on ne retrouve plus la belle lumière, l’évidence.
Marcher pourtant est une solution, pour cet état de flottement qui arrive au bout d’un temps, quelques heures, quelques jours, quand on oublie le corps, quand on a passé en revue tous les sujets de préoccupation, et que l’esprit devient disponible, un peu vide, prêt pour accueillir ce qui peut remonter des souvenirs ou de plus loin ou d’ailleurs.
Déclinaison saisonnière de la précédente, à la mi-avril, marcher dans les chemins bordés d’aubépines en fleurs (à condition de ne pas en tenter la description).
Panne dite du jeune poète, Rilke est mon principal ennemi, puisque je ne finis pas, ne publie pas, ne retravaille pas les anciens textes, me contente des ateliers, il m’écrase, il m’écrabouille, il me freine avec sa nécessité intérieure. Un petit moment de relâchement, préférer un film, une balade, un bouquin, un éclair au chocolat et c’est bien la preuve que je n’ai pas de nécessité intérieure, alors laisse tomber, pourtant j’y reviens toujours, c’est peut-être une solution ?
Panne dite du mythe du café de l’écrivain-e, imaginer avant un voyage que là dans la gare en attendant le départ du train, pendant cette heure ou ces heures à attendre, comme un cadeau, seule sans rien d’autre à faire, avec mon cahier et mon stylo…dans ce lieu idéal, ce café où installée près de la vitre je regarde passer la foule, consciente de ce moment parenthèse, curieuse de ces gens dont je me raconte l’histoire, prenant des notes, faisant des réserves de matière que je pourrais sculpter après, une fois installée dans le train à une place agréable, personne à côté pour mettre son coude trop près de moi…et ne jamais réussir à ouvrir ce cahier, préférer me plonger dans Stephen King et me dire mais comment fait-il ?